Simplicie, qui partageait la frayeur de Prudence et qui devait se soumettre aux exigences de sa tante, se rendit enfin à son appel et la trouva avec un commencement de colère.
—Qu'est-ce qui te prend donc de ne pas venir quand je t'appelle! Je n'aime pas à attendre, moi. Tiens, voici deux robes, un chapeau et un manteau raisonnables; tu ne sortiras pas sans qu'une des robes soit faite; travailles-y avec Prudence; Croquemitaine t'aidera quand elle pourra. Emporte ça, et à dîner ne m'apporte pas un air grognon; je n'aime pas cela. Tu as vu que je sais me servir de mes mains et de mes pieds; ne me fais pas recommencer une seconde fois; je te secouerais plus fort que la première.
Simplicie ne répondît pas, prit le paquet et le porta dans sa chambre.
SIMPLICIE.—Ma tante veut que nous fassions les robes nous-mêmes; elle dit que je ne sortirai que lorsqu'il y en aura une de faite.
PRUDENCE.—Soyez tranquille, Mam'selle, je vais bien me dépêcher; quand je devrais veiller un peu, vous l'aurez après-demain.
SIMPLICIE.—Il ne faut pas que tu te fatigues par trop, Prudence. Je t'aiderai de mon mieux.
PRUDENCE.—Bien, bien, Mam'selle, vous m'aiderez si vous voulez; ça n'en marchera que mieux. Je vais me mettre tout de suite à en tailler une. Laquelle voulez-vous avoir: la première, Mam'selle?
SIMPLICIE.—Celle à pois bleus, elle me plaît beaucoup.
Prudence prit la pièce marron et bleu, et commença par tailler la jupe pour donner à Simplicie une occupation facile. Leur journée s'acheva paisiblement; Mme Bonbeck semblait avoir oublié sa colère et le reste; les yeux seuls de Simplicie en témoignaient.