PLUSIEURS VOIX.—M'sieu, puisqu'il est impertinent pour vous!

LE MAÎTRE D'ÉTUDE.—Ça vous chagrine beaucoup, n'est-il pas vrai, qu'il soit impertinent envers moi? On dirait que vous ne l'êtes jamais, vous autres; un tas d'insolents, de braillards, de fainéants!

QUELQUES VOIX.—Mais, M'sieu…

LE MAÎTRE D'ÉTUDE.—Silence! Le premier qui parle a trois cents vers à copier.

La menace fit son effet; le silence le plus absolu régna dans la salle; on n'entendait d'autre bruit que celui des feuillets qu'on tournait, des plumes grinçant sur le papier, et les sanglots d'Innocent.

LE MAÎTRE.—Aurez-vous bientôt fini vos gémissements douloureux, Gargilier! Cest assommant, ça. Si j'entends encore un sanglot ou un soupir, je vous donne cinq cents vers au lieu de deux cents.

Innocent se moucha fortement, essuya ses yeux, retint ses pleurs. Il commença son pensum tout en pestant contre le maître, les élèves, et en regrettant déjà de se trouver dans cette pension, objet de ses ardents désirs depuis plusieurs mois.

—Je mènerai une jolie vie dans cette maudite maison! pensait-il en répandant quelques larmes silencieuses, De méchants camarades, des maîtres injustes et cruels! On me gronde, ou me punit à tort, et l'on ne veut pas me laisser parler pour me justifier! Si j'avais su que la pension fût si désagréable, je n'aurait jamais demandé à y entrer.

Les voisins d'Innocent, satisfaits de le voir puni, ne le tourmentèrent plus et le laissèrent tranquillement achever ses deux cents vers, ce qui fut facile; n'ayant pas de devoir à faire de la classe précédente, il employa les deux heures d'étude à faire son pensum.

Quand la cloche sonna la classe, Innocent présente son cahier au maître d'étude, qui l'examina, et le trouva bien.