—C'est bien, Monsieur. Je vous marque dix bons points.
—Merci, Monsieur, vous êtes bien bon, répondit Innocent enchanté.
Le maître d'étude, qui n'était pas habitué aux politesses et aux compliments de ses élèves, parut très satisfait, et, sans en rien dire effaça les vingt mauvais points qu'il avait marqués précédemment.
La classe se passa, comme toutes les classes de cette pension: le maître fat ennuyeux, sévère, parfois injuste; les élèves furent bruyants, indociles, insupportables: un ange y aurait perdu patience. Innocent était ébahi; il eut de la peine à comprendre la leçon, tant il y eut d'interruptions, de tumulte sourd, de réclamations. Deux élèves furent renvoyés de la classe; Innocent croyait les retrouver tristes et honteux; il fut surpris de les entendre, à la récréation, rire de leur renvoi et raconter qu'ils avaient réussi à le cacher au maître de pension.
—Comment avez-vous fait? demanda Innocent.
LES ÉLÈVES.—Pas difficile, va; au lieu de rentrer en étude, nous sommes restés au parloir à nous reposer et à nous amuser. Et quand les camarades sont rentrés, nous nous sommes mêlés à eux comme si nous n'avions pas quitté les rangs.
INNOCENT.—Et si quelqu'un était entré au parloir?
LES ÉLÈVES.—Bah! personne n'y entre à cette heure; et si même quelqu'un était venu, nous nous serions fourrés sous la table, qui est couverte d'un grand tapis; personne ne nous aurait vus.
INNOCENT.—Et si le professeur dit au maître qu'il vous a renvoyés?
LES ÉLÈVES.—Pas de danger: une fois sorti de la classe, il ny pense plus, et il ne voit pas souvent le maître.