«Nous lui donnerons de la salade, nous lui ferons un lit de foin; nous la porterons sur l'herbe; nous nous amuserons beaucoup, je t'assure.»
Le lendemain, la tortue arriva: elle était grosse comme une assiette, épaisse comme une cloche à couvrir les plats; sa couleur était laide et sale; elle avait rentré sa tête et ses pattes.
«Dieu! que c'est laid!» s'écria Paul.
—Moi je la trouve assez jolie, répondit Sophie un peu piquée.
PAUL, d'un air moqueur. —Elle a surtout une jolie physionomie et un sourire gracieux!
SOPHIE.—Laisse-nous tranquilles: tu te moques de tout.
PAUL, continuant. —Ce que j'aime en elle, c'est sa jolie tournure, sa marche légère.
SOPHIE, se fâchant. —Tais-toi, te dis-je: je vais emporter ma tortue si tu te moques d'elle.
PAUL.—Emporte, emporte, je t'en prie: ce n'est pas son esprit que je regretterai.
Sophie avait bien envie de se jeter sur Paul et de lui donner une tape: mais elle se souvint de sa promesse et de la menace de sa maman, et elle se contenta de lancer à Paul un regard furieux. Elle voulut prendre la tortue pour la porter sur l'herbe: mais elle était trop lourde, elle la laissa retomber. Paul, qui se repentait de l'avoir taquinée, accourut pour l'aider; il lui donna l'idée de mettre la tortue dans un mouchoir et de la porter à deux, tenant chacun un bout du mouchoir. Sophie, que la chute de la tortue avait effrayée, consentit à se laisser aider par Paul.