SOPHIE.—C'est vrai, cela! C'est très gentil, une tortue, et il n'y a pas de danger qu'elle se sauve.

MADAME DE RÉAN, _riant.—_Et si elle voulait se sauver, tu aurais toujours le temps de la rattraper.

SOPHIE.—Achetez-moi une tortue, maman, achetez-moi une tortue.

MADAME DE RÉAN.—Quelle folie! C'est en plaisantant que je te parlais d'une tortue, c'est une affreuse bête, lourde, laide, ennuyeuse; je ne pense pas que tu puisses aimer un si sot animal.

SOPHIE.—Oh! maman, je vous en prie! elle m'amusera beaucoup. Je serai bien sage pour la gagner.

MADAME DE RÉAN.—Puisque tu as envie d'une si laide bête, je puis bien te la donner, mais à deux conditions: la première, c'est que tu ne la laisseras pas mourir de faim; la seconde, c'est qu'à la première grosse faute que tu feras, je te l'ôterai.

SOPHIE.—J'accepte les conditions, maman, j'accepte. Quand aurai-je ma tortue?

MADAME DE RÉAN.—Tu l'auras après-demain. Je vais écrire ce matin même à ton père, qui est à Paris, de m'en acheter une: il l'enverra demain soir par la diligence, et tu l'auras après-demain de bonne heure.

SOPHIE.—Je vous remercie mille fois, maman. Paul va précisément arriver demain, il restera quinze jours avec nous: il aura le temps de s'amuser avec la tortue.

Le lendemain, Paul arriva, à la grande joie de Sophie. Quand elle lui annonça qu'elle attendait une tortue, Paul se moqua d'elle et lui demanda ce qu'elle ferait d'une si affreuse bête.