Mme de Réan appela Lambert, lui raconta ce qui était arrivé, et lui dit d'aller voir où était cet âne. Lambert y courut; il revint une heure après: les enfants l'attendaient.

«Eh bien! Lambert?» s'écrièrent-ils ensemble.

LAMBERT.—Eh bien! monsieur Paul et mademoiselle Sophie, il est arrivé malheur à votre âne.

SOPHIE_ et _PAUL, _ensemble.—_Quoi? Quel malheur?

LAMBERT.—Il paraîtrait que la peur l'a prise, cette pauvre bête; il a toujours couru du côté de la route; la barrière était ouverte; il s'y est précipité; la diligence arrivait tout juste comme il traversait la grand'route; le conducteur n'a pas pu arrêter à temps ses chevaux, qui ont culbuté l'âne et la voiture; ils ont piétiné dessus; ils sont tombés; ils ont failli faire verser la diligence. Quand on les a relevés et dételés, l'âne était écrasé, mort; il ne remuait pas plus qu'une pierre.

Aux cris que poussèrent les enfants, les mamans et tous les domestiques accoururent: Lambert raconta de nouveau le malheur arrivé au pauvre âne. Les mamans emmenèrent Sophie et Paul pour tâcher de les consoler; mais ils eurent de la peine, tant ils étaient affligés. Sophie se reprochait d'avoir été cause de la mort de son âne; Paul se reprochait d'avoir laissé faire Sophie; la journée s'acheva fort tristement. Longtemps après, Sophie pleurait quand elle voyait un âne qui ressemblait au sien. Elle n'en voulut plus avoir, et elle fit bien, car sa maman ne voulait plus lui en donner.

XXI—La tortue.

Sophie aimait les bêtes: elle avait déjà eu un POULET, un ÉCUREUIL, un CHAT, un ÂNE; sa maman ne voulait pas lui donner un chien, de peur qu'il ne devînt enragé, ce qui arrive assez souvent.

«Quelle bête pourrais-je donc avoir? demanda-t-elle un jour à sa maman. J'en voudrais une qui ne pût pas me faire de mal, qui ne pût pas se sauver et qui ne fût pas difficile à soigner.»

MADAME DE RÉAN, _riant.—_Alors je ne vois que la tortue qui puisse te convenir.