—Qu'est-ce que c'est?» dit Sophie, en prenant le paquet avec empressement.
Le paquet fut ouvert: il contenait deux énormes sourcils bien noirs, bien épais. «C'est pour que tu les colles à la place où il n'y en a plus», dit Paul. Sophie rougit, se fâcha et les jeta au nez de Paul, qui s'enfuit en riant.
Ses sourcils furent plus de six mois à repousser, et ils ne revinrent jamais aussi épais que le désirait Sophie; aussi, depuis ce temps, Sophie ne chercha plus à se faire de beaux sourcils.
IX—Le pain des chevaux.
Sophie était gourmande. Sa maman savait que trop manger est mauvais pour la santé; aussi défendait-elle à Sophie de manger entre ses repas: mais Sophie, qui avait faim, mangeait tout ce qu'elle pouvait attraper.
Mme de Réan allait tous les jours après déjeuner, vers deux heures, donner du pain et du sel aux chevaux de M. de Réan; il en avait plus de cent.
Sophie suivait sa maman avec un panier plein de morceaux de pain bis, et lui en présentait un dans chaque stalle où elle entrait; mais sa maman lui défendait sévèrement d'en manger, parce que ce pain noir et mal cuit lui ferait mal à l'estomac.
Elle finissait par l'écurie des poneys. Sophie avait un poney à elle, que lui avait donné son papa: c'était un tout petit cheval noir, pas plus grand qu'un petit âne; on lui permettait de donner elle-même du pain à son poney. Souvent elle mordait dedans avant de le lui présenter.
Un jour qu'elle avait plus envie de ce pain bis que de coutume, elle prit le morceau dans ses doigts, de manière à n'en laisser passer qu'un petit bout.
«Le poney mordra ce qui dépasse de mes doigts, dit-elle, et je mangerai le reste.»