PAUL.—Non; il va rester là ou tout auprès jusqu'à la nuit. Là, … c'est fini; tire la ficelle, pour voir si c'est bien.
Sophie tira, la porte se referma tout de suite. Les enfants, enchantés, allèrent porter la cage dans le petit bois; arrivés près du chêne, ils regardèrent si l'écureuil y était; ils ne virent rien; ni les feuilles ni les branches ne remuaient. Les enfants, désolés, allaient chercher sous d'autres chênes, lorsque Sophie reçut sur le front un gland rongé comme ceux du matin.
«Il y est, il y est! s'écria-t-elle. Le voilà; je vois le bout de sa queue qui sort derrière cette branche touffue.»
En effet, l'écureuil, entendant parler, avança sa petite tête pour voir ce qui se passait.
«C'est bien, mon cher ami, dit Paul. Te voilà: tu seras bientôt en prison. Tiens, voilà des provisions que nous t'apportons; sois gourmand, mon ami, sois gourmand; tu verras comme on est puni de la gourmandise.»
Le pauvre écureuil, qui ne s'attendait pas à devenir un malheureux prisonnier, regardait d'un air moqueur, en faisant aller sa tête de droite et de gauche. Il vit la cage que Paul posait à terre, et jeta un oeil d'envie sur les amandes et les noix. Quand les enfants se furent cachés derrière le tronc du chêne, il descendit deux ou trois branches, s'arrêta, regarda de tous côtés, descendit encore un peu, et continua ainsi à descendre petit à petit, jusqu'à ce qu'il fût sur la cage. Il passa une patte à travers les barreaux, puis l'autre; mais, comme il ne pouvait rien attraper et que les amandes lui paraissaient de plus en plus appétissantes, il chercha le moyen d'entrer dans la cage, et il ne fut pas longtemps à trouver la porte; il s'arrêta à l'entrée, regarda la ficelle d'un air méfiant, allongea encore une patte pour atteindre les amandes ou les noix: mais, ne pouvant y parvenir, il se hasarda enfin à entrer dans la cage. À peine y fut-il, que les enfants, qui regardaient du coin de l'oeil et qui avaient suivi avec un battement de coeur les mouvements de l'écureuil, tirèrent la ficelle, et l'écureuil fut pris. La frayeur lui fit jeter l'amande qu'il commençait à grignoter, et il se mit à tourner autour de la cage pour s'échapper. Hélas! le pauvre petit animal devait payer cher sa gourmandise et rester prisonnier! Les enfants se précipitèrent sur la cage; Paul ferma soigneusement la porte et emporta la cage dans la chambre de Sophie. Elle courait en avant et appela sa bonne d'un air triomphant pour lui faire voir son nouvel ami.
La bonne ne fut pas contente de ce petit élève.
«Que ferons-nous de cet animal? dit-elle. Il va nous mordre et nous faire un bruit insupportable. Quelle idée avez-vous eue, Sophie, de nous embarrasser de cette vilaine bête.»
SOPHIE.—D'abord, ma bonne, elle n'est pas vilaine: l'écureuil est une très jolie bête. Ensuite il ne fera pas de bruit du tout et il ne nous mordra pas. C'est moi qui le soignerai.
LA BONNE.—En vérité, je plains le pauvre animal; vous le laisserez bientôt mourir de faim.