Sophie voulut ouvrir le livre; à sa grande surprise elle ne le put pas; ce qui l'étonna plus encore, c'est qu'en le retournant il se faisait dans le livre un bruit étrange. Sophie regarda sa maman d'un air étonné. Mme de Réan rit plus fort et lui dit:

«C'est un livre extraordinaire; il n'est pas comme tous les livres qui s'ouvrent tout seuls; celui-ci ne s'ouvre que lorsqu'on appuie le pouce sur le milieu de la tranche.»

La maman appuya un peu le pouce; le dessus s'ouvrit, et Sophie vit avec bonheur que ce n'était pas un livre, mais une charmante boite à couleurs, avec des pinceaux, des godets et douze petits cahiers, pleins de charmantes images à peindre.

«Oh! merci, ma chère maman, s'écria Sophie. Que je suis contente!
Comme c'est joli!»

LA MAMAN.—Tu étais un peu attrapée tout à l'heure, quand tu as cru que je te donnais un vrai livre; mais je ne t'aurais pas joué un si mauvais tour. Tu pourras t'amuser à peindre dans la journée avec ton cousin Paul et tes amies Camille et Madeleine, que j'ai engagées à venir passer la journée avec toi: elles viendront à deux heures. Ta tante d'Aubert m'a chargée de te donner de sa part ce petit thé; elle ne pourra venir qu'à trois heures, et elle a voulu te faire son cadeau dès le matin.»

L'heureuse Sophie prit le plateau avec les six tasses, la théière, le sucrier et le pot à crème en argent. Elle demanda la permission de faire un vrai thé pour ses amies.

«Non, lui dit Mme de Réan, vous répandriez la crème partout, vous vous brûleriez avec le thé. Faites semblant d'en prendre, ce sera tout aussi amusant.»

Sophie ne dit rien, mais elle n'était pas contente.

«À quoi me sert un ménage, se dit-elle, si je ne puis rien mettre dedans? Mes amies se moqueront de moi. Il faut que je cherche quelque chose pour remplir tout cela. Je vais demander à ma bonne.»

Sophie dit à sa maman qu'elle allait montrer tout cela à sa bonne; elle emporta sa boîte et son thé et courut dans sa chambre.