SOPHIE.—Tenez, ma bonne, voyez les jolies choses que m'ont données maman et ma tante d'Aubert.

LA BONNE.—Le joli ménage! vous vous amuserez bien avec. Mais je n'aime pas beaucoup ce livre; à quoi vous servira un livre, puisque vous ne savez pas lire?

SOPHIE, riant. —Bravo! voilà ma bonne attrapée comme moi. Ce n'est pas un livre, c'est une boîte à couleurs.

Et Sophie ouvrit la boîte, que la bonne trouva charmante. Après avoir causé sur ce qu'on ferait dans la journée, Sophie dit qu'elle avait voulu donner du thé à ses amies, mais que sa maman ne l'avait pas permis.

«Que mettrais-je dans ma théière, dans mon sucrier et dans mon pot à crème? Ne pourriez-vous pas, ma chère petite bonne, m'aider un peu et me donner quelque chose que je puisse faire manger à mes amies?

—Non, ma pauvre petite, répondit la bonne: c'est impossible. Souvenez-vous que votre maman m'a dit qu'elle me renverrait si je vous donnais quelque chose à manger quand elle l'avait défendu.»

Sophie soupira et resta pensive; petit à petit son visage s'éclaircit, elle avait une idée; nous allons voir si l'idée était bonne. Sophie joua, puis déjeuna; en revenant de la promenade avec sa maman, elle dit qu'elle allait tout préparer pour l'arrivée de ses amies. Elle mit la boîte à couleurs sur une petite table. Sur une autre table elle arrangea les six tasses, et au milieu elle mit le sucrier, la théière et le pot à crème.

«À présent, dit-elle, je vais faire du thé.»

Elle prit la théière, alla dans le jardin, cueillit quelques feuilles de trèfle, qu'elle mit dans la théière; ensuite elle alla prendre de l'eau dans l'assiette où on en mettait pour le chien de sa maman, et elle versa cette eau dans la théière.

«Là! voilà le thé, dit-elle d'un air enchanté; à présent je vais faire la crème.» Elle alla prendre un morceau de blanc qui servait pour nettoyer l'argenterie; elle en racla un peu avec son petit couteau, le versa dans le pot à crème, qu'elle remplit de l'eau du chien, mêla bien avec une petite cuiller, et, quand l'eau fut bien blanche, elle replaça le pot sur la table. Il ne lui restait plus que le sucrier à remplir; elle reprit la craie à argenterie, en cassa de petits morceaux avec son couteau, remplit le sucrier, qu'elle posa sur la table, et regarda le tout d'un air enchanté.