«Là! dit-elle en se frottant les mains, voilà un superbe thé; j'espère que j'ai de l'esprit! Je parie que Paul ni aucune de mes amies n'auraient eu une si bonne invention…»

Sophie attendit ses amies encore une demi-heure, mais elle ne s'ennuya pas; elle était si contente de son thé, qu'elle ne voulait pas s'en éloigner; elle se promenait autour de la table, le regardant d'un air joyeux, se frottait les mains et répétait:

«Dieu! que j'ai de l'esprit! que j'ai de l'esprit!» Enfin Paul et les amies arrivèrent. Sophie courut au-devant d'eux, les embrassa tous et les emmena bien vite dans le petit salon pour leur montrer ses belles choses. La boite à couleurs les attrapa d'abord comme elle avait attrapé Sophie et sa bonne. Ils trouvèrent le thé charmant et voulaient tout de suite commencer le repas, mais Sophie leur demanda d'attendre jusqu'à trois heures. Ils se mirent donc tous à peindre les images des petits livres: chacun avait le sien. Quand on se fut bien amusé avec la boîte à couleurs et qu'on eut tout rangé soigneusement:

«À présent, s'écria Paul, prenons le thé.»

—Oui, oui, prenons le thé, répondirent toutes les petites filles ensemble. CAMILLE.—Voyons, Sophie, fais les honneurs.

SOPHIE.—Asseyez-vous tous autour de la table… Là, c'est bien… Donnez-moi vos tasses, que j'y mette du sucre… À présent le thé, … puis la crème… Buvez maintenant.

MADELEINE.—C'est singulier, le sucre ne fond pas.

SOPHIE.—Mêle bien, il fondra.

PAUL.—Mais ton thé est froid.

SOPHIE.—C'est parce qu'il est fait depuis longtemps.