PAUL, continuant. —Ah! nous sommes difficiles! Ah! tu trouves ton thé bon! Bois-le donc ainsi que ta crème.
Et Paul, saisissant Sophie, lui versa le thé dans la bouche; il allait en faire autant de la prétendue crème, malgré les cris et la colère de Sophie, lorsque Camille et Madeleine, qui étaient très bonnes et qui avaient pitié d'elle, se précipitèrent sur Paul pour lui arracher le pot à la crème. Paul, qui était furieux, les repoussa; Sophie en profita pour se dégager et pour tomber dessus à coups de poing. Camille et Madeleine tâchèrent alors de retenir Sophie; Paul hurlait, Sophie criait, Camille et Madeleine appelaient au secours, c'était un train à assourdir; les mamans accoururent effrayées. À leur aspect les enfants se tinrent tous immobiles.
«Que se passe-t-il donc?» demanda Mme de Réan d'un air inquiet et sévère.
Personne ne répondit.
MADAME DE FLEURVILLE.—Camille, explique-nous le sujet de cette bataille.
CAMILLE.—Maman, Madeleine et moi nous ne nous battions avec personne.
MADAME DE FLEURVILLE.—Comment! vous ne vous battiez pas? Toi tu tenais le bras de Sophie, et Madeleine tenait Paul par la jambe.
CAMILLE.—C'était pour les empêcher de… de… jouer trop fort.
MADAME DE FLEURVILLE, avec un demi-sourire.—Jouer! tu appelles cela jouer!
MADAME DE RÉAN.—Je vois que c'est Sophie et Paul qui se seront disputés, comme à l'ordinaire; Camille et Madeleine auront voulu les empêcher de se battre. J'ai deviné, n'est-ce pas, ma petite Camille?