CAMILLE, bien bas et rougissant. —Oui, madame.

MADAME D'AUBERT.—N'êtes-vous pas honteux, monsieur Paul, de vous conduire ainsi? À propos de rien vous vous fâchez, vous êtes prêt à vous battre…

PAUL.—Ce n'est pas à propos de rien, maman; Sophie a voulu nous faire boire un thé tellement détestable que nous avons eu mal au coeur en le goûtant, et, quand nous nous sommes plaints, elle nous a dit que nous étions trop difficiles.

Mme de Réan prit le pot à la crème, le sentit, y goûta du bout de la langue, fit une grimace de dégoût et dit à Sophie:

«Où avez-vous pris cette horreur de prétendue crème, mademoiselle?»

SOPHIE, la tête baissée et très honteuse. —Je l'ai faite, maman.

MADAME DE RÉAN.—Vous l'avez faite! et avec quoi?… Répondez.

SOPHIE, de même. —Avec le blanc à argenterie et l'eau du chien.

MADAME DE RÉAN.—Et votre thé, qu'est-ce que c'était?

SOPHIE, de même.—Des feuilles de trèfle et de l'eau du chien.