MADAME DE RÉAN, examinant le sucrier. —Voilà un joli régal pour vos amies! De l'eau sale, de la craie! Vous commencez bien vos quatre ans, mademoiselle: en désobéissant quand je vous avais défendu de faire du thé, en voulant faire avaler à vos amies un soi-disant thé dégoûtant, et en vous battant avec votre cousin. Je reprends votre ménage, pour vous empêcher de recommencer, et je vous aurais envoyée dîner dans votre chambre, si je ne craignais de gâter le plaisir de vos petites amies, qui sont si bonnes qu'elles souffriraient de votre punition.
Les mamans s'en allèrent en riant malgré elles du ridicule régal inventé par Sophie. Les enfants restèrent seuls; Paul et Sophie, honteux de leur bataille, n'osaient pas se regarder. Camille et Madeleine les embrassèrent, les consolèrent et tâchèrent de les réconcilier. Sophie embrassa Paul, leur demanda pardon à tous, et tout fut oublié. On courut au jardin, où on attrapa huit superbes papillons, que Paul mit dans une boîte qui avait un couvercle de verre. Le reste de l'après-midi se passa à arranger la boîte, pour que les papillons fussent bien logés; on leur mit de l'herbe, des fleurs, des gouttes d'eau sucrée, des fraises, des cerises. Quand le soir vint, et que chacun put partir, Paul emporta la boîte aux papillons, à la prière de Sophie, de Camille et de Madeleine, qui voyaient qu'il en avait envie.
XIII—Les loups.
Sophie n'était pas très obéissante, nous l'avons bien vu dans les histoires que nous venons de lire; elle aurait dû être corrigée, mais elle ne l'était pas encore: aussi lui arriva-t-il bien d'autres malheurs.
Le lendemain du jour où Sophie avait eu quatre ans, sa maman l'appela et lui dit:
«Sophie, je t'ai promis que, lorsque tu aurais quatre ans, tu viendrais avec moi faire mes grandes promenades du soir. Je vais partir pour aller à la ferme de Svitine en passant par la forêt; tu vas venir avec moi; seulement fais attention à ne pas te mettre en arrière; tu sais que je marche vite, et, si tu t'arrêtais, tu pourrais rester bien loin derrière avant que je pusse m'en apercevoir.»
Sophie, enchantée de faire cette grande promenade, promit de suivre sa maman de tout près et de ne pas se laisser perdre dans le bois.
Paul, qui arriva au même instant, demanda à les accompagner, à la grande joie de Sophie.
Ils marchèrent bien sagement pendant quelque temps derrière Mme de Réan; ils s'amusaient à voir courir et sauter quelques gros chiens qu'elle emmenait toujours avec elle.
Arrivés dans la forêt, les enfants cueillirent quelques fleurs qui étaient sur leur passage, mais ils les cueillaient sans s'arrêter.