SOPHIE, fâchée. —Je les attacherai avec une ficelle, tes ennuyeuses jambes; et, si tu continues à les remuer, je te chasserai.
PAUL.—Essaie donc un peu; tu verras ce que savent faire les pieds qui sont au bout de mes jambes.
SOPHIE.—Vas-tu me donner des coups de pied, méchant?
PAUL.—Certainement, si tu me donnes des coups de poing.
Sophie, tout à fait en colère, lance de l'eau à la figure de Paul, qui, se fâchant à son tour, donne un coup de pied à la table et renverse tout ce qui était dessus. Sophie s'élance sur Paul et lui griffe si fort la figure, que le sang coule de sa joue. Paul crie; Sophie, hors d'elle-même, continue à lui donner des tapes et des coups de poing. Paul, qui n'aimait pas à battre Sophie, finit par se sauver dans un cabinet, où il s'enferme. Sophie a beau frapper à la porte, Paul n'ouvre pas. Sophie finit par se calmer. Quand sa colère est passée, elle commence à se repentir de ce qu'elle a fait; elle se souvient que Paul a risqué sa vie pour la défendre contre les loups.
«Pauvre Paul, pensa-t-elle, comme j'ai été méchante pour lui! Comment faire pour qu'il ne soit plus fâché? Je ne voudrais pas demander pardon; c'est ennuyeux de dire: «Pardonne-moi…» Pourtant, ajouta-t-elle après avoir un peu réfléchi, c'est bien plus honteux d'être méchant! Et comment Paul me pardonnera-t-il, si je ne lui demande pas pardon?»
Après avoir un peu réfléchi, Sophie se leva, alla frapper à la porte du cabinet où s'était enfermé Paul, mais cette fois pas avec colère, ni en donnant de grands coups de poing, mais doucement; elle appela d'une voix bien humble: «Paul, Paul!» Mais Paul ne répondit pas. «Paul, ajouta-t-elle, toujours d'une voix douce, mon cher Paul, pardonne-moi, je suis bien fâchée d'avoir été méchante. Paul, je t'assure que je ne recommencerai pas.»
La porte s'entr'ouvrit tout doucement, et la tête de Paul parut.
Il regarda Sophie avec méfiance:
«Tu n'es plus en colère? Bien vrai? lui dit-il.
—Oh non! non, bien sûr, cher Paul, répondit Sophie; je suis bien triste d'avoir été si méchante.»