«Je suis fâchée, dit-elle, de n'avoir pas pris d'angélique ni de prune; ce doit être très bon.
—Oui, c'est très bon, répondit Paul, mais tu pourras en manger demain; ainsi n'y pense plus, crois-moi, et jouons.»
Ils reprirent leur jeu, qui était de l'invention de Paul. Ils avaient creusé un petit bassin et ils le remplissaient d'eau; mais il fallait en remettre toujours, parce que la terre buvait l'eau à mesure qu'ils la versaient. Enfin, Paul glissa sur la terre boueuse et renversa un arrosoir plein sur ses jambes.
«Aïe, aïe! s'écria-t-il, comme c'est froid! Je suis trempé; il faut que j'aille changer de souliers, de bas, de pantalon. Attends-moi là, je reviendrai dans un quart d'heure.»
Sophie resta près du bassin, tapotant l'eau avec sa petite pelle, mais ne pensant ni à l'eau, ni à la pelle, ni à Paul. À quoi pensait-elle donc? Hélas! Sophie pensait aux fruits confits, à l'angélique, aux prunes; elle regrettait de ne pas pouvoir en manger encore, de n'avoir pas goûté à tout.
«Demain, pensa-t-elle, maman m'en donnera encore; je n'aurai pas le temps de bien choisir. Si je pouvais les regarder d'avance, je remarquerais ceux que je prendrai demain… Et pourquoi ne pourrais-je pas les regarder? Je n'ai qu'à ouvrir la boîte.»
Voilà Sophie, bien contente de son idée, qui court à la chambre de sa maman et qui cherche à atteindre la boîte; mais elle a beau sauter, allonger le bras, elle ne peut y parvenir; elle ne sait comment faire; elle cherche un bâton, une pincette, n'importe quoi, lorsqu'elle se tape le front avec la main en disant:
«Que je suis donc bête! je vais approcher un fauteuil et monter dessus!»
Sophie tire et pousse un lourd fauteuil tout près de l'étagère, grimpe dessus, atteint la boîte, l'ouvre et regarde avec envie les beaux fruits confits. «Lequel prendrai-je demain?» dit-elle. Elle ne peut se décider: c'est tantôt l'un, tantôt l'autre. Le temps se passait pourtant; Paul allait bientôt revenir.
«Que dirait-il s'il me voyait ici? pensa-t-elle. Il croirait que je vole les fruits confits, et pourtant je ne fais que les regarder… J'ai une bonne idée: si je grignotais un tout petit morceau de chaque fruit, je saurais le goût qu'ils ont tous, je saurais lequel est le meilleur, et personne ne verrait rien, parce que j'en mordrais si peu que cela ne paraîtrait pas.»