Et les enfants coururent chez Mme de Réan pour lui raconter l'histoire du petit chat et pour lui demander un collier. La maman alla voir le chat et prit la mesure de son cou.

«Je ne sais pas si ce pauvre chat pourra vivre, dit-elle, il est si maigre et si faible qu'il peut à peine se tenir sur ses pattes.»

PAUL.—Mais comment s'est-il trouvé dans la haie? Les chats ne vivent pas dans les bois.

MADAME DE RÉAN.—Ce sont peut-être de méchants enfants qui l'ont emporté pour jouer, et l'auront jeté ensuite dans la haie, pensant qu'il pourrait revenir dans sa maison tout seul.

SOPHIE.—Pourquoi aussi n'est-il pas revenu? C'est bien sa faute s'il a été malheureux.

MADAME DE RÉAN.—Il est trop jeune pour avoir pu retrouver son chemin; et puis, il vient peut-être de très loin. Si de méchants hommes t'emmenaient très loin et te laissaient au coin d'un bois, que ferais-tu? Crois-tu que tu pourrais retrouver ton chemin toute seule?

SOPHIE.—Oh! je ne serais pas embarrassée! Je marcherais toujours jusqu'à ce que je rencontre quelqu'un ou que je voie une maison; alors je dirais comment je m'appelle et je demanderais qu'on me ramenât.

LA MAMAN.—D'abord, tu rencontrerais peut-être de méchantes gens qui ne voudraient pas se déranger de leur chemin ou de leur ouvrage pour te ramener. Et puis, toi, tu peux parler, on te comprendrait! Mais le pauvre chat, crois-tu que, s'il était entré dans une maison, on aurait compris ce qu'il voulait, où il demeurait? On l'aurait chassé, battu, tué peut-être.

SOPHIE.—Mais pourquoi a-t-il été dans ce buisson pour y mourir de faim?

MADAME DE RÉAN.—Les mauvais garçons l'ont peut-être jeté là après l'avoir battu. D'ailleurs il n'a pas été si bête d'être resté là, puisque vous avez passé auprès et que vous l'avez sauvé.