PAUL.—Quant à cela, ma tante, il ne pouvait pas deviner que nous passerions par là.

MADAME DE RÉAN.—Lui, non; mais le bon Dieu, qui le savait, l'a permis afin de vous donner l'occasion d'être charitables, même pour un animal.

Sophie et Paul, qui étaient impatients de revoir leur chat, ne dirent plus rien et retournèrent à la cuisine, où ils trouvèrent Beau-Minon profondément endormi sur la cendre chaude. Le cuisinier avait mis près de lui une petite jatte de lait; il n'y avait donc rien à faire pour lui, et les enfants allèrent jouer dans leur petit jardin.

Beau-Minon ne mourut pas; en peu de jours il redevint fort, bien portant et gai. À mesure qu'il grandissait, il devenait plus beau; ses longs poils blancs étaient doux et soyeux; ses grands yeux noirs étaient brillants comme des soleils; son nez rose lui donnait un petit air gentil et enfantin. C'était un vrai chat angora de la plus belle espèce. Sophie l'aimait beaucoup; Paul, qui venait très souvent passer quelques jours avec Sophie, l'aimait bien aussi. Beau-Minon était le plus heureux des chats. Il avait un seul défaut, qui désolait Sophie: il était cruel pour les oiseaux. Aussitôt qu'il était dehors, il grimpait aux arbres pour chercher des nids et pour manger les petits qu'il y trouvait. Quelquefois même il avait mangé les pauvres mamans oiseaux qui cherchaient à défendre leurs petits contre le méchant Beau-Minon. Quand Sophie et Paul le voyaient grimper aux arbres, ils faisaient ce qu'ils pouvaient pour le faire descendre; mais Beau-Minon ne les écoutait pas, et continuait tout de même à grimper et à manger les petits oiseaux. On entendait alors des cuic, cuic_ _plaintifs.

Lorsque Beau-Minon descendait de l'arbre, Sophie lui donnait de grands coups de verges: mais il trouva moyen de les éviter en restant si longtemps tout en haut de l'arbre, que Sophie ne pouvait pas l'atteindre. D'autres fois, quand il était arrivé à moitié de l'arbre, il s'élançait, sautait à terre et se sauvait à toutes jambes avant que Sophie eût pu l'attraper.

«Prends garde, Beau-Minon! lui disaient les enfants. Le bon Dieu te punira de ta méchanceté. Il t'arrivera malheur un jour.»

Beau-Minon ne les écoutait pas.

Un jour Mme de Réan apporta dans le salon un charmant oiseau, dans une belle cage toute dorée.

«Voyez, mes enfants, quel joli bouvreuil m'a envoyé un de mes amis. Il chante parfaitement.»

SOPHIE _et _PAUL, _ensemble.—_Oh! que je voudrais l'entendre!