Il y avait pourtant des journées que je n'aimais pas; c'étaient celles où ma maîtresse me louait à des enfants du voisinage. Elle n'était pas riche, et, les jours où je n'avais pas à travailler, elle était bien aise de gagner quelque chose en me louant aux enfants du château voisin. Ils n'étaient pas toujours bons.
Voici ce qui m'arriva un jour dans une de ces promenades.
IV
LE PONT
Il y avait six ânes rangés dans la cour; j'étais un des plus beaux et des plus forts. Trois petites filles nous apportèrent de l'avoine dans une auge. Tout en mangeant, j'écoutais causer les enfants.
Charles:—Voyons, mes amis, choisissons nos ânes. Moi, d'abord, je prends celui-ci (en me montrant du doigt).
—Toi, tu prends toujours ce que tu crois le meilleur, dirent à la fois les cinq enfants. Il faut tirer au sort.
Charles:—Comment veux-tu que nous tirions au sort, Caroline? Est-ce qu'on peut mettre les ânes dans un sac et les en tirer comme des billes?
Antoine:—Ah! ah! ah! Est-il bête avec ses ânes dans un sac! Comme si on ne pouvait pas les numéroter, 1, 2, 3, 4, 5, 6, mettre les numéros dans un sac, et tirer au hasard chacun le sien.
—C'est vrai, c'est vrai, s'écrièrent les cinq autres. Ernest, fais les numéros pendant que nous allons les écrire sur le dos des ânes.