—Tenez-le bien jusqu'à ce que je sois dessus, dit-il.

Le cocher:—Il n'y a pas de danger, monsieur; l'animal n'est pas méchant; vous n'avez pas besoin d'avoir peur.

Auguste, piqué:—Je n'ai pas peur du tout; est-ce que j'ai l'air d'avoir peur, moi qui n'ai peur de rien!

Henri, tout bas à Pierre:—Excepté des gressets.

Auguste:—Que dis-tu, Henri? Qu'as-tu dit à l'oreille de Pierre?

Henri, avec malice:—Oh! rien d'intéressant; je croyais voir un gresset là-bas sur l'herbe.

Auguste se mordit les lèvres, devint rouge, mais ne répondit pas. Il finit par se hisser sur le poney, et il se mit à tirer sur la bride; le poney recula; Auguste se cramponna à la selle.

—Ne tirez pas, monsieur, ne tirez pas; un cheval ne se mène pas comme un âne, dit le cocher en riant.

Auguste lâcha la bride. Je partis en avant avec Henri. Pierre suivit sur l'âne de la ferme. J'eus la malice de prendre le galop; le poney cherchait à me devancer; je n'en courais que plus vite; Pierre et Henri riaient. Auguste criait et se tenait à la crinière; nous courions tous, et j'étais décidé à n'arrêter que lorsque Auguste serait par terre. Le poney, excité par les rires et les cris, ne tarda pas à me devancer; je le suivis de près, lui mordillant la queue lorsqu'il semblait vouloir se ralentir. Nous galopâmes ainsi pendant un grand quart d'heure, Auguste manquant tomber à chaque pas, et se retenant toujours au cou du cheval. Pour hâter sa chute, je donnai un coup de dent plus fort à la queue du poney, qui se mit à lancer des ruades avec une telle force, qu'à la première Auguste se trouva sur son cou, à la seconde il passa par-dessus la tête de sa monture, tomba sur le gazon, et resta étendu sans mouvement. Pierre et Henri, le croyant blessé, sautèrent à terre, et accoururent à lui pour le relever.

—Auguste, Auguste, es-tu blessé? lui demandèrent-ils avec inquiétude.