—Je crois que non, je ne sais pas, répondit Auguste, qui se releva tremblant encore de la peur qu'il avait eue.
Quand il fut debout, ses jambes fléchissaient, ses dents claquaient; Pierre et Henri l'examinèrent, et, ne trouvant ni écorchure ni blessure d'aucune sorte, ils le regardèrent avec pitié et dégoût.
—C'est triste d'être poltron à ce point, dit Pierre.
—Je ... ne ... suis pas ... poltron ... seulement ... j'ai ... eu ... eu ... peur.... répondit Auguste, claquant toujours des dents.
—J'espère que tu ne tiens plus à monter mon poney, ajouta Pierre. Prends mon âne, je vais reprendre mon cheval.
Et, sans attendre la réponse d'Auguste, il sauta légèrement sur le poney.
—J'aimerais mieux Cadichon, dit piteusement Auguste.
—Comme tu voudras, répondit Henri. Prends Cadichon; je prendrai Grison, l'âne de la ferme.
Mon premier mouvement fut d'empêcher ce méchant Auguste de me monter; mais je formai un autre projet, qui complétait sa journée et qui servait mieux mon aversion et ma méchanceté. Je me laissai donc tranquillement enfourcher par mon ennemi, et je suivis de loin le poney. Si Auguste avait osé me battre pour me faire marcher plus vite, je l'aurais jeté par terre; mais il connaissait l'amitié qu'avaient pour moi tous mes jeunes maîtres, et il me laissa aller comme je voulais. J'eus soin, tout le long du bois, de passer tout près des broussailles et surtout des grandes épines, des houx, des ronces, afin que le visage de mon cavalier fut balayé par les branches piquantes de ces arbustes. Il s'en plaignit à Henri, qui lui répondit froidement:
—Cadichon ne mène mal que les gens qu'il n'aime pas: il est probable que tu n'es pas dans ses bonnes grâces.