—J'ai assez des mendiants du pays, sans y ajouter ceux qui n'en sont pas, mon bonhomme, répondit l'aubergiste; allez chercher un gîte ailleurs.
Je m'élançai de suite près de l'aubergiste, que je saluai à plusieurs reprises de façon à le faire rire.
—Vous avez là un animal qui ne paraît pas bête, dit l'aubergiste en riant. Si vous voulez nous régaler de ses tours, je veux bien vous donner à manger et à coucher.
—Ce n'est pas de refus, répondit l'homme; nous vous donnerons une représentation, mais quand nous aurons quelque chose dans l'estomac; à jeun, on n'a pas la voix propre au commandement.
—Entrez, entrez, on va vous servir de suite, reprit l'aubergiste; Madelon, ma vieille, donne à dîner à trois, sans compter le bourri.
Madelon leur servit une bonne soupe, qu'ils avalèrent en un clin d'oeil, puis un bon bouilli aux choux, qui disparut également, enfin une salade et du fromage, qu'ils savourèrent avec moins d'avidité, leur faim se trouvant apaisée.
On me donna une botte de foin, j'en mangeai à peine; j'avais le coeur gros, et je n'avais pas faim.
L'aubergiste alla convoquer tout le village pour me voir saluer; la cour se remplit de monde, et j'entrai dans le cercle, où m'amena mon nouveau maître, qui se trouvait fort embarrassé, ne sachant pas ce que je savais faire, et si j'avais reçu une éducation d'âne savant. A tout hasard, il me dit:
—Saluez la société.
Je saluai à droite, à gauche, en avant, en arrière, et tout le monde d'applaudir.