—C'est qu'il file joliment, dit Ferdinand.

Mon prétendu maître se retourna, me regarda d'un air inquiet, m'appela: «Mirliflore, Mirliflore!» et, me voyant continuer mon trot, je l'entendis s'écrier d'un ton piteux:

—Arrêtez-le, arrêtez-le, de grâce! c'est mon pain, ma vie qu'il m'emporte; courez, attrapez-le; je vous promets encore une représentation si vous me le ramenez.

—D'où l'avez-vous donc, cet âne? dit un des hommes nommé Clouet; et depuis quand l'avez-vous?

—Je l'ai ... depuis qu'il est à moi, répondit mon faux maître avec un peu d'embarras.

—J'entends bien, reprit Clouet; mais depuis quand est-il à vous?

L'homme ne répondit pas.

—C'est qu'il me semble bien le reconnaître, dit Clouet; il ressemble à Cadichon, l'âne du château de la Herpinière; je serais bien trompé si ce n'est pas là Cadichon.

Je m'étais arrêté; j'entendis des murmures; je voyais l'embarras de mon maître, lorsque, au moment où l'on s'y attendait le moins, il s'élança au travers de la foule et courut du côté opposé à celui que j'avais pris, suivi de sa femme et de son garçon.

Quelques-uns voulurent courir après lui, d'autres dirent que c'était bien inutile puisque je m'étais sauvé, et que l'homme n'emportait que l'argent qui était à lui, et que je lui avais fait gagner honnêtement.