Nous sortions donc ensemble. Quand elle était fatiguée de marcher, je me rangeais contre une butte de terre, ou bien descendais dans un petit fossé pour qu'elle pût monter facilement sur mon dos. Je la menais près des noisetiers chargés de noisettes; je m'arrêtais pour la laisser en cueillir à son aise. Ma petite maîtresse m'aimait beaucoup; elle me soignait, me caressait. Quand il faisait mauvais et que nous ne pouvions pas sortir, elle venait me voir dans mon écurie; elle m'apportait du pain, de l'herbe fraîche, des feuilles de salade, des carottes; elle me parlait, croyant que je ne la comprenais pas; elle me contait ses petis chagrins, quelquefois elle pleurait.

«Oh! mon pauvre Cadichon, disait-elle; tu es un âne, et tu ne peux me comprendre; et pourtant tu es mon seul ami; car à toi seul je puis dire tout ce que je pense. Maman m'aime, mais elle est jalouse; elle veut que je n'aime qu'elle; je ne connais personne de mon âge, et je m'ennuie.»

Et Pauline pleurait et me caressait. Je l'aimais aussi, et je la plaignais, cette pauvre petite. Quand elle était près de moi, j'avais soin de ne pas bouger, de peur de la blesser avec mes pieds.

Un jour, je vis Pauline accourir vers moi toute joyeuse.

«Cadichon, Cadichon, s'écria-t-elle, maman m'a donné un médaillon de ses cheveux; je veux y ajouter des tiens, car tu es aussi mon ami; je t'aime, et j'aurai ainsi les cheveux de ceux que j'aime le plus au monde.»

En effet, Pauline coupa du poil à ma crinière, ouvrit son médaillon, et les mêla avec les cheveux de sa maman.

J'étais heureux de voir combien Pauline m'aimait; j'étais fier de voir mes poils dans un médaillon, mais je dois avouer qu'ils ne faisaient pas un joli effet; gris, durs, épais, ils faisaient paraître les cheveux de la maman rudes et affreux. Pauline ne le voyait pas; elle tournait dans tous les sens et admirait son médaillon, lorsque la maman entra.

—Qu'est-ce que tu regardes là? lui dit-elle.

—C'est mon médaillon, maman, répondit Pauline en le cachant à moitié.

La maman:—Pourquoi l'as-tu apporté ici.