Mes petites maîtresses (car j'avais autant de maîtres et de maîtresses que la grand'mère avait de petits-enfants) avaient une cousine qu'elles aimaient beaucoup, qui était leur meilleure amie, et à peu près de leur âge. Cette amie s'appelait Thérèse; elle était bonne, bien bonne, la pauvre petite. Quand elle me montait, jamais elle ne prenait de baguette, et ne permettait à personne de me taper. Dans une des promenades que firent mes jeunes maîtresses, elles virent une petite fille assise sur le bord de la route, qui se leva péniblement à leur approche, et vint en boitant leur demander la charité; son air triste et timide frappa Thérèse et ses amies.

—Pourquoi boites-tu, ma petite? dit Thérèse.

La petite:—Parce que mes sabots me blessent, mam'selle.

Thérèse:—Pourquoi n'en demandes-tu pas d'autres à ta maman?

La petite:—Je n'ai pas de maman, mam'selle.

Thérèse:—A ton papa alors?

La petite:—Je n'ai pas de papa, mam'selle.

Thérèse:—Mais avec qui vis-tu?

La petite:—Avec personne; je vis seule.

Thérèse:—Qui est-ce qui te donne à manger?