—Silence, les ânes! dit un gendarme, sans quoi nous allons vous rattacher vos breloques.
—Laisse-les dire, répond un autre gendarme: tu vois bien qu'ils chantent les louanges de Cadichon.
—J'aimerais mieux qu'ils chantassent sur un autre ton, reprit le premier gendarme en riant.
«Cet homme, assurément, n'aime pas la musique, me dis-je à part moi. Que trouve-t-il à redire aux voix de mes camarades?» Ces pauvres camarades! ils chantaient leur délivrance.
Nous continuâmes à marcher. Un des souterrains était plein d'effets volés. Dans un autre ils avaient enfermé des prisonniers qu'ils gardaient pour les servir: les uns faisaient la cuisine, le service de la table, nettoyaient les souterrains; d'autres faisaient les vêtements et les chaussures. Il y avait de ces malheureux qui y étaient depuis deux ans; ils étaient enchaînés deux à deux, et ils avaient tous de petites sonnettes aux bras et aux pieds, pour qu'on pût savoir de quel côté ils allaient. Deux voleurs restaient toujours près d'eux pour les garder; on n'en laissait jamais plus de deux dans le même souterrain. Pour ceux qui travaillaient aux vêtements, on les réunissait tous, mais le bout de leur chaîne était attaché, pendant le travail, à un anneau scellé dans le mur.
Je sus plus tard que ces malheureux étaient les voyageurs et les visiteurs des ruines qui avaient disparu depuis deux ans. Il y en avait quatorze; ils racontèrent que les voleurs en avaient tué trois sous leurs yeux: deux parce qu'ils étaient malades, et un qui refusait obstinément de travailler.
Les gendarmes délivrèrent tous ces pauvres gens, ramenèrent les ânes au château, portèrent les blessés à l'hospice, et menèrent les voleurs en prison. Ils furent jugés et condamnés, le capitaine à mort et les autres à être envoyés à Cayenne. Quant à moi, je fus admiré par tout le monde; chaque fois que je sortais, j'entendais dire aux personnes qui me rencontraient:
«C'est Cadichon, le fameux Cadichon, qui vaut à lui seul plus que tous les ânes du pays.»