—Des gens de Laigle. On raconte que l'âne de la ferme des Haies a été emporté et dévoré dans la forêt.

—Bah! laisse donc. Ils sont si méchants, les gens de cette ferme, qu'ils auront fait mourir leur âne à force de coups.

—Et pourquoi donc qu'ils diraient que le loup l'a mangé?

—Pour qu'on ne sache pas qu'ils l'ont tué.

—Tout de même il vaudrait mieux rentrer nos boeufs.

—Fais comme tu voudras, frère; je ne tiens ni à oui ni à non.

Je ne bougeais pas dans mon coin, tant j'avais peur qu'on ne me vît. L'herbe était haute et me cachait, fort heureusement; les boeufs ne se trouvaient pas du côté où j'étais étendu; on les fit marcher vers la barrière, et puis à la ferme où demeuraient leurs maîtres.

Je n'avais pas peur des loups, parce que l'âne dont on parlait c'était moi-même, et que je n'avais pas vu la queue d'un loup dans la forêt où j'avais passé la nuit. Je dormis donc à merveille, et je finissais mon déjeuner quand les boeufs rentrèrent dans la prairie: deux gros chiens les menaient. Je les regardais tranquillement, lorsqu'un des chiens m'aperçut, aboya d'un air menaçant, et courut vers moi; son compagnon le suivit. Que devenir? Comment leur échapper? Je m'élançai sur les palissades qui entouraient la prairie; le ruisseau que j'avais suivi la traversait; je fus assez heureux pour sauter par-dessus, et j'entendis la voix d'un des hommes de la veille qui rappelait ses chiens. Je continuai mon chemin tout doucement, et je marchai jusqu'à une autre forêt, dont j'ignore le nom. Je devais être à plus de dix lieues de la ferme des Haies: j'étais donc sauvé; personne ne me connaissait, et je pouvais me montrer sans craindre d'être ramené chez mes anciens maîtres.

III

LES NOUVEAUX MAÎTRES