«Ci-gît Mimi, qui par sa grâce et sa gentillesse faisait le bonheur de sa maîtresse jusqu'au jour où il périt victime d'un moment d'humeur. Sa fin fut cruelle; il fut dévoré par un vautour. Ses restes, retrouvés par sa maîtresse inconsolable, reposent ici.

» Fleurville, 1856, 20 août.»

Ainsi finit Mimi, à l'âge de trois mois.

XIX. L'illumination.

Depuis un an que Sophie était à Fleurville, elle n'avait encore aucune nouvelle de sa belle-mère; loin de s'en inquiéter, ce silence la laissait calme et tranquille; être oubliée de sa belle-mère lui semblait l'état le plus désirable. Elle vivait heureuse chez ses amies; chaque journée passée avec ces enfants modèles la rendait meilleure et développait en elle tous les bons sentiments que l'excessive sévérité de sa belle-mère avait comprimés et presque détruits. Mme de Fleurville et son amie Mme de Rosbourg étaient très bonnes, très tendres pour leurs enfants, mais sans les gâter; constamment occupées du bonheur et du plaisir de leurs filles, elles n'oubliaient pas leur perfectionnement, et elles avaient su, tout en les rendant très heureuses, les rendre bonnes et toujours disposées à s'oublier pour se dévouer au bien-être des autres. L'exemple des mères n'avait pas été perdu pour leurs enfants, et Sophie en profitait comme les autres.

Un jour Mme de Fleurville entra chez Sophie; elle tenait une lettre.

«Chère enfant, dit-elle, voici une lettre de ta belle-mère…»

Sophie saute de dessus sa chaise, rougit, puis pâlit; elle retombe sur son siège, cache sa figure dans ses mains et retient avec peine ses larmes.

Mme de Fleurville, qui avait interrompu sa phrase au mouvement de Sophie, voit son agitation et lui dit: «Ma pauvre Sophie, tu crois sans doute que ta belle-mère va arriver et te reprendre; rassure-toi: elle m'écrit au contraire que son absence doit se prolonger indéfiniment; qu'elle est à Naples, où elle s'est remariée avec un comte Blagowski, et qu'une des conditions du mariage a été que tu n'habiterais plus chez elle. En conséquence, ta belle-mère me demande de te mettre dans une pension quelconque (Sophie rougit encore et regarde Mme de Fleurville d'un air suppliant et effrayé); à moins, continue Mme de Fleurville en souriant, que je ne préfère garder près de moi un si mauvais garnement. Qu'en dis-tu, ma petite Sophie? Veux-tu aller en pension ou aimes-tu mieux rester avec nous, être ma fille et la soeur de tes amies?

—Chère, chère madame, dit Sophie en se jetant dans ses bras et en l'embrassant tendrement, gardez-moi près de vous, continuez-moi votre affectueuse bonté, permettez-moi de vous aimer comme une mère, de vous obéir, de vous respecter comme si j'étais vraiment votre fille, et de m'appliquer à devenir digne de votre tendresse et de celle de mes amies.»