MADAME DE FLEURVILLE, _la serrant contre son coeur.—_C'est donc convenu, chère petite: tu resteras chez moi; tu seras ma fille comme Camille, Madeleine et Marguerite. Je savais bien que tu nous préférerais à la meilleure, à la plus agréable pension de Paris.

SOPHIE.—Chère madame, je vous remercie de m'avoir si bien devinée. Je crains seulement de vous causer une dépense considérable…

MADAME DE FLEURVILLE.—Sois sans inquiétude là-dessus, chère enfant; ton père a laissé une grande fortune qui est à toi et qui suffirait à une dépense dix fois plus considérable que la tienne.

Après avoir embrassé encore Mme de Fleurville, Sophie courut chez ses amies pour leur annoncer ces grandes nouvelles. Ce fut une joie générale; elles se mirent à danser une ronde si bruyante, accompagnée de tels cris de joie, qu'Élisa accourut au bruit.

ÉLISA.—Qu'est-ce? Qu'y a-t-il, mon Dieu? Quoi! c'est une danse! des cris de joie! Ah bien! une autre fois je ne serais pas si bête: vous aurez beau crier, je resterai bien tranquillement chez moi! Mais a-t-on jamais vu des petites filles crier et se démener ainsi, comme de petits démons?

MARGUERITE, sautant toujours. —Si tu savais, ma chère Élisa, si tu savais quel bonheur! Viens danser avec nous. Quel bonheur! quel bonheur!

ÉLISA.—Mais quoi donc? Pour quoi, pour qui faut-il que je me démène comme un lutin? M'expliquerez-vous enfin?…

MARGUERITE.—Sophie reste avec nous toujours! toujours! Mme Fichini s'est mariée. Ha! ha! ha! elle s'est mariée avec un comte Blagowski! ils ne veulent plus de Sophie… quel bonheur! quel bonheur!

Et la ronde, les sauts, les cris recommencèrent de plus belle. Élisa s'était mise de la partie, et le tapage devint tel, que successivement toute la maison vint savoir la cause de ce bruit sans pareil. Chacun s'en allait heureux de la bonne nouvelle, car tous aimaient Sophie et la plaignaient d'avoir une si méchante belle-mère.

Enfin les petites filles se lassèrent de danser; toutes quatre tombèrent sur des chaises; Élisa s'y laissa tomber comme elles.