Marguerite venait voir sa mère plusieurs fois par jour; mais elle ne restait pas longtemps dans la chambre, car sa vivacité et son babillage agitaient Mme de Rosbourg tout en l'amusant. Sur un coup d'oeil de Mme de Fleurville, qui ne quittait presque pas le chevet de la malade, les deux soeurs emmenaient leur petite protégée.

Les soins attentifs de Mme de Fleurville remplirent de reconnaissance et de tendresse le coeur de Mme de Rosbourg; pendant sa convalescence elle exprimait souvent le regret de quitter une personne qui l'avait traitée avec tant d'amitié.

«Et pourquoi donc me quitteriez-vous, chère amie? dit un jour Mme de Fleurville. Pourquoi ne vivrions-nous pas ensemble? Notre petite Marguerite est parfaitement heureuse avec Camille et Madeleine, qui seraient désolées, je vous assure, d'être séparées de Marguerite; je serai enchantée si vous me promettez de ne pas me quitter.»

MADAME DE ROSBOURG.—Mais ne serait-ce pas bien indiscret aux yeux de votre famille?

MADAME DE FLEURVILLE.—Nullement. Je vis dans un grand isolement depuis la mort de mon mari. Je vous ai raconté sa fin cruelle dans un combat contre les Arabes, il y a six ans. Depuis j'ai toujours vécu à la campagne. Vous n'avez pas de mari non plus, puisque vous n'avez reçu aucune nouvelle du vôtre depuis le naufrage du vaisseau sur lequel il s'était embarqué.

MADAME DE ROSBOURG.—Hélas! oui; il a sans doute péri avec ce fatal vaisseau: car depuis deux ans, malgré toutes les recherches de mon frère, le marin qui a presque fait le tour du monde, nous n'avons pu découvrir aucune trace de mon pauvre mari, ni d'aucune des personnes qui l'accompagnaient. Eh bien, puisque vous me pressez si amicalement de rester ici, je consens volontiers à ne faire qu'un ménage avec vous et à laisser ma petite Marguerite sous la garde de ses deux bonnes et aimables amies.

MADAME DE FLEURVILLE.—Ainsi donc, chère amie, c'est une chose décidée?

MADAME DE ROSBOURG.—Oui, puisque vous le voulez bien; nous demeurerons ensemble.

MADAME DE FLEURVILLE.—Que vous êtes bonne d'avoir cédé si promptement à mes désirs, chère amie! je vais porter cette heureuse nouvelle à mes filles; elles en seront enchantées.

Mme de Fleurville entra dans la chambre où Camille et Madeleine prenaient leurs leçons bien attentivement, pendant que Marguerite s'amusait avec les poupées et leur racontait des histoires tout bas, pour ne pas empêcher ses deux amies de bien s'appliquer.