MADAME DE FLEURVILLE.—Mes petites filles, je viens vous annoncer une nouvelle qui vous fera grand plaisir. Mme de Rosbourg et Marguerite ne nous quitteront pas, comme nous le craignions.
CAMILLE.—Comment! maman, elles resteront toujours avec nous?
MADAME DE FLEURVILLE.—Oui, toujours, ma fille, Mme de Rosbourg me l'a promis.
—Oh! quel bonheur! dirent les trois enfants à la fois. Marguerite courut embrasser Mme de Fleurville, qui, après lui avoir rendu ses caresses, dit à Camille et à Madeleine: «Mes chères enfants, si vous voulez me rendre toujours heureuse comme vous l'avez fait jusqu'ici, il faut redoubler encore d'application au travail, d'obéissance à mes ordres et de complaisance entre vous. Marguerite est plus jeune que vous. C'est vous qui serez chargées de son éducation, sous la direction de sa maman et de moi. Pour la rendre bonne et sage, il faut lui donner toujours de bons conseils et surtout de bons exemples.»
CAMILLE.—Oh! ma chère maman, soyez tranquille; nous élèverons Marguerite aussi bien que vous nous élevez. Je lui montrerai à lire, à écrire; et Madeleine lui apprendra à travailler, à tout ranger, à tout mettre en ordre; n'est-ce pas, Madeleine?
MADELEINE.—Oui, certainement; d'ailleurs elle est si gentille, si douce, qu'elle ne nous donnera pas beaucoup de peine.
—Je serai toujours bien sage, reprit Marguerite en embrassant tantôt Camille, tantôt Madeleine. Je vous écouterai, et je chercherai toujours à vous faire plaisir.
CAMILLE.—Eh bien, ma petite Marguerite, puisque tu veux être bien sage, fais-moi l'amitié d'aller te promener pendant une heure, comme je te l'ai déjà dit. Depuis que nous avons commencé nos leçons, tu n'es pas sortie; si tu restes toujours assise, tu perdras tes couleurs et tu deviendras malade.
MARGUERITE.—Oh! Camille, je t'en prie, laisse-moi avec toi! Je t'aime tant!
Camille allait céder, mais Madeleine pressentit la faiblesse de sa soeur: elle prévit tout de suite qu'en cédant une fois à Marguerite il faudrait lui céder toujours et qu'elle finirait par ne faire jamais que ses volontés. Elle prit donc Marguerite par la main, et, ouvrant la porte, elle lui dit: