LA PETITE FILLE.—Mes bonnes petites demoiselles, nous sommes dans le pays depuis un mois: ma pauvre maman est tombée malade en arrivant; elle ne peut plus travailler. J'ai vendu tout ce que nous avions pour avoir du pain, je n'ai plus rien; j'avais pourtant bien espéré qu'on m'achèterait au moulin ma pauvre robe qui cache mes haillons, mais on n'en a pas voulu; j'ai été chassée, et même une petite fille m'a lancé des pierres.
MARGUERITE.—Je suis sûre que c'est la méchante Jeannette.
LA PETITE FILLE.—Oui, tout juste; sa mère l'a appelée de ce nom et lui a dit de finir, mais elle m'a encore attrapée au bras, si fort que j'en ai saigné. Ce ne serait rien si j'avais pu avoir quelque argent pour rapporter du pain à ma pauvre maman; elle est si faible, et elle n'a rien mangé depuis hier!
SOPHIE.—Rien mangé!… Mais alors… toi aussi, ma pauvre petite, tu n'as rien mangé!
LA PETITE FILLE.—Oh moi! mademoiselle, je ne suis pas malade: je puis bien supporter la faim; d'ailleurs, en allant au moulin, j'ai ramassé et mangé quelques glands.
CAMILLE.—Des glands! Pauvre, pauvre enfant! attends-nous un instant, ma petite; nous avons dans un panier du pain et des prunes, nous allons t'en apporter.
—Oui, oui, s'écrièrent tout d'une voix Madeleine, Marguerite et Sophie, donnons-lui notre goûter, et demandons de l'argent à nos mamans pour elle.
Elles coururent rejoindre leurs mamans; elles arrivèrent toutes haletantes, et, pendant que Camille et Madeleine racontaient ce que leur avait dit la petite fille, Sophie et Marguerite couraient lui porter le panier qui renfermait les provisions; elles virent bientôt arriver Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg. La petite fille n'avait pas encore touché au pain ni aux fruits.
MADAME DE FLEURVILLE.—Mange, ma petite fille; tu nous diras ensuite où tu demeures et qui tu es.
LA PETITE FILLE, _faisant une révérence.—_Je vous remercie bien, madame, vous êtes bien bonne; j'aime mieux garder le pain et les fruits pour les donner à maman; je vais tout de suite les lui porter.