CAMILLE.—Prenez garde, Jeannette nous lance des pierres!

En effet, cette méchante fille cherchait à attraper les enfants avec des pierres tranchantes qu'elle lançait de toute sa force. Mme de Fleurville en fut très mécontente, et promit qu'en rentrant elle ferait venir le père de Jeannette pour se plaindre de sa méchante fille.

On continua la promenade, et l'on finit par s'asseoir à l'ombre des vieux chênes chargés de glands. Pendant que les enfants s'amusaient à en ramasser et à remplir leurs poches, elles crurent entendre un léger bruit; elles s'arrêtèrent et écoutèrent: des gémissements et des sanglots arrivèrent distinctement à leurs oreilles.

«Allons voir qui est-ce qui pleure», dit Camille.

Et toutes quatre s'élancèrent dans le bois, du côté où elles entendaient gémir. À peine eurent-elles fait quelques pas, qu'elles virent une petite fille de douze à treize ans, couverte de haillons, assise par terre; sa tête était cachée dans ses mains; les sanglots soulevaient sa poitrine, et elle était si absorbée dans son chagrin, qu'elle n'entendit pas venir les enfants.

«Pauvre petite, dit Madeleine, comme elle pleure!»

La petite fille releva la tête et parut effrayée à la vue des quatre enfants qui l'entouraient; elle se leva et fit un mouvement pour s'enfuir.

CAMILLE.—Ne te sauve pas, ma petite fille; n'aie pas peur, nous ne te ferons pas de mal.

MADELEINE.—Pourquoi pleures-tu, ma pauvre petite?

Le son de voix si plein de douceur et de pitié avec lequel avaient parlé Camille et Madeleine attendrit la petite fille, qui recommença à sangloter plus fort qu'auparavant. Marguerite et Sophie, touchées jusqu'aux larmes, s'approchèrent de la pauvre enfant, la caressèrent, l'encouragèrent et réussirent enfin, aidées de Camille et de Madeleine, à sécher ses pleurs et à obtenir d'elle quelques paroles.