MADAME DE FLEURVILLE.—Le maître d'école est venu m'en parler il y a peu de jours; il en est très mécontent; elle ne travaille pas, ne l'écoute pas; elle cherche à entraîner les autres petites filles à mal faire. Ce qui est pis encore, c'est qu'elle vole tout ce qu'elle peut attraper; les mouchoirs de ses petites compagnes, leurs provisions, les plumes, le papier, tout ce qui est à sa portée.
MADELEINE.—Mais comment sait-on que c'est Jeannette qui vole?
Les petites filles perdent peut-être elles-mêmes leurs affaires.
MADAME DE FLEURVILLE.—On l'a surprise déjà trois fois pendant qu'elle volait, ou qu'elle emportait sous ses jupons les objets qu'elle avait volés! Depuis ce temps, la maîtresse d'école la fouille tous les soirs avant de la laisser partir.
MARGUERITE.—Et sa mère, qui l'a tant fouettée l'année dernière pour la poupée, ne la punit donc pas?
MADAME DE FLEURVILLE.—Sa mère l'a fouettée sévèrement pour la poupée parce que ce vol lui avait fait perdre les présents que je devais lui donner; mais il paraît qu'elle l'élève très mal, et qu'elle lui donne de mauvais exemples.
SOPHIE.—Est-ce que sa mère vole aussi?
MADAME DE FLEURVILLE.—Elle vole dans un autre genre que sa fille; ainsi quand on lui apporte du grain à moudre, elle en cache une partie. Elle va la nuit avec son mari voler du bois dans la forêt qui m'appartient; elle vole du poisson de mes étangs et elle va le vendre au marché. Jeannette voit tout cela, et elle fait comme ses parents. C'est un grand malheur: le bon Dieu les punira un jour, et personne ne les plaindra.
La promenade fut très agréable. On suivit un chemin qui entrait dans le bois; les enfants virent de loin Jeannette qui se sauva dans le moulin aussitôt qu'elle les aperçut.
MARGUERITE.—Regarde, Sophie; vois-tu la tête de Jeannette qui passe par la lucarne du grenier?
SOPHIE.—Ah! elle la rentre! la voici qui reparaît à l'autre bout du grenier.