Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg trouvèrent l'idée très bonne; elles aidèrent les enfants à placer les lampions. L'heure du dîner étant arrivée, Élisa emmena les petites filles pour les laver et les arranger. Le dîner leur parut bien long; elles étaient impatientes de voir l'effet de leur illumination. Après dîner il fallut encore attendre qu'il fît nuit. Elles firent une très petite promenade avec leurs mamans, jusqu'au moment où l'obscurité vint. Enfin Marguerite s'écria qu'elle voyait une étoile, ce qui prouvait bien qu'il faisait assez sombre pour commencer leur illumination. Tout le monde rentra un peu en courant; les mamans comme les petites filles se mirent à allumer les lampions.
Quand ils furent tous allumés, les enfants se mirent au milieu du salon pour juger de l'effet.
Tous ces cordons de lumière formaient un coup d'oeil charmant. Les petites étaient enchantées; elles battaient des mains, sautaient; les mamans leur proposèrent une partie de cache-cache, qui fut acceptée avec des cris de joie; Élisa, Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg jouèrent avec elles, on se cachait dans toutes les chambres, on courait dans les corridors, dans les escaliers, on trichait un peu, on riait beaucoup, et l'on était heureux.
Après deux heures de courses et de rires il fallut pourtant finir cette bonne journée. Mais, avant de se coucher, les enfants eurent un petit souper de gâteaux, de crèmes, de fruits. Élisa fut invitée à souper avec les petites filles. Comme elle était fort modeste, elle s'en défendit un peu; mais les enfants, qui voyaient dans ses yeux que toutes ces bonnes choses lui faisaient envie, l'entourèrent, la traînèrent vers la table, la firent asseoir, et lui servirent de tout en telle quantité qu'elle déclara ne plus pouvoir avaler. Alors les enfants firent un grand tas de gâteaux et de fruits, qu'elles enveloppèrent dans une immense feuille de papier, et la forcèrent à emporter le tout chez elle. Élisa remercia, les embrassa et alla préparer leur coucher.
Sophie, de son côté, remercia Camille, Madeleine et Marguerite de leur amitié, et se retira le coeur rempli de reconnaissance et de bonheur.
XX. La pauvre femme.
«Mes chères enfants, dit un jour Mme de Fleurville, allons faire une longue promenade. Le temps est magnifique, il ne fait pas chaud; nous irons dans la forêt qui mène au moulin.»
MARGUERITE.—Et cette fois je n'emporterai certainement pas ma jolie poupée.
MADAME DE ROSBOURG.—Je crois que tu feras bien.
CAMILLE, _souriant.—_À propos du moulin, savez-vous, maman, ce qu'est devenue Jeannette?