Les enfants sautèrent à bas du treillage, refirent en courant, et cette fois pas sur la pointe des pieds, le tour de la maison, et se précipitèrent dans la chambre d'Élisa, dont la porte n'était plus fermée. Elles trouvèrent déjà une centaine de coquilles de noix toutes prêtes à être remplies de cire ou de graisse. Chacune des petites tira son couteau, et elles se mirent à l'ouvrage avec un zèle si ardent, qu'en moins d'une heure, elles préparèrent deux cents lampions.
«Bon, dit Élisa; à présent, allons chercher un pot de graisse, une boîte de veilleuses, une casserole à bec et un réchaud.»
Elles coururent avec Élisa à la cuisine et à l'antichambre pour demander les objets nécessaires à leur illumination. En revenant chez Élisa, Camille prit avec une cuiller de la graisse, qu'elle mit dans la casserole; Madeleine entassa du charbon dans le réchaud; Élisa alluma et souffla le feu; Sophie et Marguerite rangèrent les coquilles de noix sur la commode. Quand la graisse fut fondue, Élisa en remplit les coquilles, et, pendant qu'elle était encore chaude et liquide, les enfants mirent une mèche de veilleuse dans chacun des petits lampions.
Cette opération leur prit une bonne heure. Elles attendirent que la graisse fût bien refroidie et durcie, puis elles mirent tous les lampions dans deux paniers.
«Allons, dit Élisa, voilà notre ouvrage terminé; il ne nous reste plus qu'à placer tous ces petits lampions sur les croisées, sur les cheminées, sur les tables, et nous les allumerons après dîner, quand il fera nuit.»
Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg travaillaient dans le salon quand les enfants et Élisa entrèrent avec leurs paniers.
MADAME DE ROSBOURG.—Qu'apportez-vous là, mes enfants?
CAMILLE.—Des lampions, madame, pour célébrer ce soir par une illumination le mariage de Mme Fichini et l'abandon qu'elle nous fait de Sophie.
MADAME DE FLEURVILLE.—Mais c'est très joli, tous ces petits lampions; où les avez-vous eus?
MADELEINE.—Nous les avons faits, maman; Élisa nous en a donné l'idée et nous a aidées à les faire.