SOPHIE.—Et des couteaux pour couper le pain!

MARGUERITE.—Et des terrines et des plats pour mettre le beurre et les oeufs.

MADAME DE ROSBOURG.—Ma chère Élisa, voulez-vous aller au village acheter ce qui est nécessaire?

ÉLISA.—Oui, madame, avec grand plaisir. Attendez-moi, enfants, je serai revenue dans cinq minutes.

Les enfants s'occupèrent à mettre le couvert, ce qui ne leur prit pas beaucoup de temps; elles placèrent la table au milieu de la cuisine, les deux chaises en face l'une de l'autre, les assiettes, les verres et la bouteille de vin sur la table, ainsi que le pain. Élisa revint en courant; elle apportait ce qui manquait et, de plus, du sucre pour le vin chaud qu'elle voulait faire boire à Françoise.

«Voici encore une cruche pour mettre de l'eau, ajouta-t-elle; nous n'y avions pas pensé.»

Après une attente de quelques minutes, pendant lesquelles Élisa eut le temps d'allumer le feu et de faire une bonne soupe et une omelette, on vit enfin arriver la charrette, dans laquelle était étendue la pauvre Françoise, la tête appuyée sur les genoux de la petite Lucie. Quand la voiture s'arrêta devant la porte, Mme de Rosbourg, aidée d'Élisa, en fit descendre Françoise plus faible, plus pâle encore que quelques heures auparavant. La pauvre femme n'eut pas la force de remercier Mme de Rosbourg; mais son regard attendri indiquait assez la reconnaissance dont son coeur débordait. Lucie était si inquiète de cette grande faiblesse, qu'elle ne songea pas à regarder la maison ni la chambre où on la faisait entrer. Mais quand, rassurée sur sa mère, elle la vit couverte de linge blanc, couchée dans un bon lit avec des draps, des couvertures, son visage, si inquiet jusqu'alors, devint radieux; sa tête penchée vers sa mère se redressa; ses yeux fixés sur ce pâle visage changèrent de direction; elle regarda autour d'elle: la douleur et l'inquiétude firent place au bonheur; ses joues se colorèrent; des larmes de joie coulèrent sur sa figure; l'émotion lui coupa la parole; elle ne put que se jeter à genoux et saisir la main de Mme de Rosbourg, qu'elle tint appuyée sur ses lèvres en éclatant en sanglots.

«Remets-toi, mon enfant, lui dit Mme de Rosbourg avec bonté en la relevant; ce n'est pas à moi que tu dois adresser de tels remerciements, mais au bon Dieu, qui m'a permis de te rencontrer et de soulager votre misère. Calme-toi pour ne pas agiter ta mère; avec du repos et une bonne nourriture elle se remettra promptement. Voici Élisa qui lui apporte une soupe et un verre de vin chaud sucré. Et toi, ma pauvre enfant, qui es presque aussi exténuée que ta mère, mets-toi à table et mange le petit repas que t'a préparé Élisa.»

Les enfants entraînèrent Lucie dans la pièce à côté et lui servirent son dîner, pendant qu'Élisa et Mme de Rosbourg faisaient manger Françoise. Camille lui servit de la soupe, Madeleine un morceau de boeuf, Sophie de l'omelette, et Marguerite lui versait à boire. Lucie ne se lassait pas de regarder, d'admirer, de remercier; elle appelait les enfants: _mes chères bienfaitrices, _ce qui amusa beaucoup Marguerite.

Quand Lucie eut fini de manger, les quatre petites se précipitèrent pour l'habiller; elles faillirent la mettre en pièces, tant elles se dépêchaient de la débarrasser de ses haillons et de la revêtir des effets qu'elles avaient apportés. Lucie ne put s'empêcher de pousser quelques petits cris tandis que l'une lui arrachait des cheveux en enlevant son bonnet sale, que l'autre lui enfonçait une épingle dans le dos, que la troisième la pinçait en lui passant ses manches, et que la quatrième l'étranglait en lui nouant son bonnet blanc. Elle finit pourtant par se trouver admirablement habillée, et elle courut se faire voir à sa maman, qui, joignant les mains, regardait Lucie avec admiration. Elle dit enfin d'une voix un peu plus forte: