MARGUERITE.—Asseyons-nous un instant; je ne veux plus marcher.

Elles s'assirent au bord du chemin; Marguerite appuya sa tête sur ses genoux et pleura tout bas; elle espérait que Sophie ne s'en apercevrait pas; elle avait peur de l'affliger, car c'était Sophie qui l'avait mise et s'était mise elle-même dans cette pénible position. Sophie se désolait intérieurement et sentait combien elle avait mal agi en entraînant Marguerite à faire cette course si longue, dans une forêt qu'elles ne connaissaient pas.

Elles restèrent assez longtemps sans parler; enfin Marguerite essuya ses yeux et proposa à Sophie de se remettre en marche. Sophie se leva avec difficulté; elles avançaient lentement; la fatigue augmentait à chaque instant, ainsi que l'inquiétude. Le jour commençait à baisser; la peur se joignit à l'inquiétude; la faim et la soif se faisaient sentir.

«Chère Marguerite, dit enfin Sophie, pardonne-moi; c'est moi qui t'ai persuadé de m'accompagner; tu es trop généreuse de ne pas me le reprocher.

—Pauvre Sophie, répondit Marguerite, pourquoi te ferais-je des reproches? Je vois bien que tu souffres plus que moi. Qu'allons-nous devenir, si nous sommes obligées de passer la nuit dans cette terrible forêt?

—C'est impossible, chère Marguerite; on doit déjà être inquiet à la maison, et l'on nous enverra chercher.

—Si nous pouvions au moins trouver de l'eau! J'ai si soif que la gorge me brûle.

—N'entends-tu pas le bruit d'un ruisseau dans le bois?

—Je crois que tu as raison; allons voir.» Elles entrèrent dans le fourré en se frayant un passage à travers les épines et les ronces qui leur déchiraient les jambes et les bras. Après avoir fait ainsi une centaine de pas, elles entendirent distinctement le murmure de l'eau. L'espoir leur redonna du courage; elles arrivèrent au bord d'un ruisseau très étroit, mais assez profond; cependant, comme il coulait à pleins bords, il leur fut facile de boire en se mettant à genoux. Elles étanchèrent leur soif, se lavèrent le visage et les bras, s'essuyèrent avec leurs tabliers et s'assirent au bord du ruisseau. Le soleil était couché; la nuit arrivait; la terreur des pauvres petites augmentait avec l'obscurité; elles ne se contraignaient plus et pleuraient franchement de compagnie. Aucun bruit ne se faisait entendre; personne ne les appelait; on ne pensait probablement pas à les chercher si loin. «Il faut tâcher, dit Sophie, de revenir sur le chemin que nous avons quitté; peut-être verrons-nous passer quelqu'un qui pourra nous ramener; et puis il fera moins humide qu'au bord de l'eau.

—Nous allons encore nous déchirer dans les épines, dit
Marguerite.