—Il faut pourtant essayer de nous retrouver; nous ne pouvons rester ici.»
Marguerite se leva en soupirant et suivit Sophie, qui chercha à lui rendre le passage moins pénible en marchant la première. Après bien du temps et des efforts, elles se retrouvèrent enfin sur le chemin. La nuit était venue tout à fait; elles ne voyaient plus où elles allaient, et elles se résolurent à attendre jusqu'au lendemain.
Il y avait une heure environ qu'elles étaient assises près d'un arbre, lorsqu'elles entendirent un frou-frou dans le bois; ce bruit semblait être produit par un animal qui marchait avec précaution. Immobiles de terreur, les pauvres petites avaient peine à respirer; le frou-frou approchait, approchait; tout à coup, Marguerite sentit un souffle chaud près de son cou; elle poussa un cri, auquel Sophie répondit par un cri plus fort; elles entendirent alors un bruit de branches cassées, et elles virent un gros animal qui s'enfuyait dans le bois. Moitié mortes de peur, elles se resserrèrent l'une contre l'autre, n'osant ni parler, ni faire un mouvement, et elles restèrent ainsi jusqu'à ce qu'un nouveau bruit, plus effrayant, vînt leur rendre le courage de se lever et de chercher leur salut dans la fuite: c'étaient des branches cassées violemment et un grognement entremêlé d'un souffle bruyant, auquel répondaient des grognements plus faibles. Tous ces bruits partaient également du bois en se rapprochant du chemin. Sophie et Marguerite, épouvantées, se mirent à courir; elles se heurtèrent contre un arbre dont les branches traînaient presque à terre; dans leur frayeur, elles s'élancèrent dessus, et, grimpant de branche en branche, elles se trouvèrent bientôt à une grande hauteur et à l'abri de toute attaque.
Combien elles remercièrent le bon Dieu de leur avoir fait rencontrer cet arbre protecteur! et en effet elles venaient d'échapper à un grand danger: l'animal qui arrivait droit sur elles était un sanglier suivi de sept à huit petits. Si elles étaient restées sur son passage, il les aurait déchirées avec ses défenses. La peur qu'avaient eue et qu'avaient encore Sophie et Marguerite faisait claquer leurs dents et les avait rendues si tremblantes qu'elles pouvaient à peine se tenir sur l'arbre où elles étaient montées. Le sanglier s'était éloigné, et tout redevenait tranquille, lorsque le bruit du roulement d'une voiture vint ranimer les forces défaillantes des pauvres petites. Leur espérance augmentait à mesure que la voiture se rapprochait; enfin le pas d'un cheval résonna distinctement; bientôt elles entendirent siffler l'homme qui menait la charrette. Il approchait, elles allaient être sauvées.
«Au secours! au secours!» crièrent-elles plusieurs fois.
La voiture s'arrêta. L'homme sembla écouter.
«Au secours! sauvez-nous!» s'écrièrent-elles encore.
L'HOMME, _entre ses dents.—_Qui diantre appelle au secours? Je ne vois personne; il fait noir comme dans l'enfer. Holà qui est-ce qui appelle?
SOPHIE et MARGUERITE.—C'est nous, c'est nous; sauvez-nous, mon cher monsieur, nous nous sommes perdues dans la forêt.
L'HOMME.—Tiens! c'est des voix d'enfants, cela. Où êtes-vous donc, les mioches? Qui êtes-vous?