Le brave homme descendit lestement, tenant Marguerite dans ses bras; il la déposa dans la carriole et remonta sur l'arbre où Sophie attendait avec anxiété: il la saisit dans ses bras et la plaça dans sa carriole près de Marguerite. Il y remonta lui-même et fouetta son cheval, qui repartit au trot; puis, se tournant vers les enfants:

L'HOMME.—Ah çà! mes mignonnes, où faut-il vous mener? où demeurez-vous, et comment, par tous les saints, vous trouvez-vous ici toutes seules?

SOPHIE.—Nous demeurons au château de Fleurville, nous nous sommes perdues dans la forêt en voulant aller secourir la pauvre mère Toutain.

L'HOMME.—Vous êtes donc du château?

MARGUERITE.—Oui, je suis Marguerite de Rosbourg; et voilà mon amie, Sophie Fichini.

L'HOMME.—Comment, ma petite demoiselle, vous êtes la fille de cette bonne dame de Rosbourg; et votre maman vous laisse aller si loin toute seule?

MARGUERITE, _honteuse.—_Nous sommes parties sans rien dire.

L'HOMME.—Ah! ah! on fait l'école buissonnière! Et voilà! Quand on est petit, faut pas faire comme les grands.

SOPHIE.—Sommes-nous loin de Fleurville?

L'HOMME.—Ah! je crois bien! Deux bonnes lieues pour le moins; nous ne serons pas arrivés avant une heure. Je vais tout de même pousser mon cheval; on doit être tourmenté de vous au château.