Et le brave homme fouetta son cheval et se remit à siffler, laissant les enfants à leurs réflexions. Trois quarts d'heure après, il s'arrêta devant le perron du château; la porte s'ouvrit; Élisa, pâle, effarée, demanda si l'on avait des nouvelles des enfants.
«Les voici, dit l'homme, je vous les ramène; elles n'étaient pas à la noce, allez, quand je les ai dénichées dans la forêt.»
L'homme descendit Sophie et Marguerite, qu'Élisa reçut dans ses bras.
ÉLISA.—Vite, vite, venez au salon; on vous a cherchées partout; on a envoyé des hommes à cheval dans toutes les directions; ces dames se désolent; Camille et Madeleine se désespèrent. Attendez une minute, mon brave homme, que madame vous remercie.
L'HOMME.—Bah! il n'y a pas de quoi! Faut que je m'en retourne chez nous; j'ai encore deux lieues à faire.
ÉLISA.—Où demeurez-vous? Comment vous appelez-vous?
L'HOMME.—Je demeure à Aube; je m'appelle Hurel, le boucher.
ÉLISA.—Nous irons vous remercier, mon brave Hurel; au revoir, puisque vous ne pouvez attendre.
Pendant cette conversation, Marguerite et Sophie avaient couru au salon. En entrant, Marguerite se jeta dans les bras de Mme de Rosbourg; Sophie s'était jetée à ses pieds; toutes deux sanglotaient.
La surprise et la joie faillirent être fatales à Mme de Rosbourg; elle pâlit, retomba sur son fauteuil et ne trouva pas la force de prononcer une parole.