Et, ouvrant son tablier, elle leur fit voir toutes ces fleurs fripées, fanées, écrasées.

«J'ai cueilli tout cela pour vous, leur dit-elle: nous les mettrons dans notre chambre, pour qu'elle sente bon!»

Camille et Madeleine se regardèrent en souriant. La gaieté les gagna à la vue de ces paquets de fleurs flétries et de l'air triomphant de Marguerite; enfin elles se mirent à rire aux éclats en voyant la figure rouge, déconcertée et mortifiée de Marguerite. La pauvre petite avait laissé tomber les fleurs par terre; elle restait immobile, la bouche ouverte, et regardait rire Camille et Madeleine.

Enfin Camille put parler.

«Où as-tu cueilli ces belles fleurs, Marguerite?

—Dans votre jardin.

—Dans notre jardin! s'écrièrent à la fois les deux soeurs, qui n'avaient plus envie de rire. Comment! tout cela dans notre jardin?

—Tout, tout, même les boutons.» Camille et Madeleine se regardèrent d'un air consterné et douloureux. Marguerite, sans le vouloir, leur causait un grand chagrin. Elles réservaient toutes ces fleurs pour offrir un bouquet à leur maman le jour de sa fête, qui avait lieu le surlendemain, et voilà qu'il n'en restait plus une seule! Pourtant ni l'une ni l'autre n'eurent le courage de gronder la pauvre Marguerite, qui arrivait si joyeuse et qui avait cru leur causer une si agréable surprise. Marguerite, étonnée de ne pas recevoir les remerciements et les baisers auxquels elle s'attendait, regarda attentivement les deux soeurs, et, lisant leur chagrin sur leurs figures consternées, elle comprit vaguement qu'elle avait fait quelque chose de mal, et se mit à pleurer.

Madeleine rompit enfin le silence.

«Ma petite Marguerite, nous t'avons dit bien des fois de ne toucher à rien sans en demander la permission. Tu as cueilli nos fleurs et tu nous as fait de la peine. Nous voulions donner après-demain à maman, pour sa fête, un beau bouquet de fleurs plantées et arrosées par nous. Maintenant, par ta faute, nous n'avons plus rien à lui donner.»