MARGUERITE.—Tu vois bien, Sophie, que ce n'était pas sa faute.
Pauvre Hurel! quel malheur!

Les enfants pleuraient. Élisa leur raconta le peu de détails qu'elle savait, et leur conseilla de revenir à la maison.

ÉLISA.—Nous informerons ces dames de ce malheureux événement; elles trouveront peut-être le moyen d'adoucir le chagrin de la pauvre femme Hurel. Nous autres, nous ne pouvons rien ni pour le mort, ni pour ceux qui restent.

CAMILLE.—Oh si! Élisa: nous pouvons prier le bon Dieu pour eux, lui demander d'admettre le pauvre Hurel dans le paradis et de donner à sa femme et à ses enfants la force de se résigner et de souffrir sans murmure.

MARGUERITE.—Bonne Camille, tu as toujours de nobles et pieuses pensées. Oui, nous prierons toutes pour eux.

MADELEINE.—Et nous demanderons à maman de faire dire des messes pour Hurel.

Tout en pleurant, elles arrivèrent au château et entrèrent au salon. Ni l'une ni l'autre ne pouvaient parler; leurs larmes coulaient malgré elles. Mme de Fleurville et Mme de Rosbourg, étonnées et peinées de ce chagrin, leur adressaient vainement une foule de questions. Enfin Madeleine parvint à se calmer et raconta ce qu'elles venaient de voir et d'entendre. Les mamans partagèrent le chagrin de leurs enfants, et, après avoir discuté sur ce qu'il y avait de mieux à faire, elles se mirent en route pour aller voir par elles-mêmes s'il n'y avait aucun espoir de rappeler Hurel à la vie.

Elles revinrent peu de temps après, et se virent entourées par les petites, impatientes d'avoir quelques nouvelles consolantes.

CAMILLE.—Eh bien, chère maman, eh bien! y a-t-il quelque espoir?

MADAME DE FLEURVILLE.—Aucun, mes chères petites, aucun. Quand nous sommes arrivées, on venait de placer le corps froid et inanimé du pauvre Hurel sur une charrette pour le ramener chez lui; un de ses beaux-frères et une soeur de Mme Hurel sont partis en avant pour la préparer à cet affreux malheur; demain se fera l'enterrement; après-demain nous irons, Mme de Rosbourg et moi, offrir quelques consolations à la femme Hurel et voir si elle n'a pas besoin d'être aidée pour vivre.