SOPHIE.—Mais ne va-t-elle pas continuer la boucherie, comme faisait son mari?
MADAME DE FLEURVILLE.—Je ne le pense pas; pour être boucher, il faut courir le pays, aller au loin chercher des veaux, des moutons, des boeufs; et puis une femme ne peut pas tuer ces pauvres animaux; elle n'en a ni la force ni le courage.
CAMILLE.—Et son fils Théophile, ne peut-il remplacer son père?
MADAME DE FLEURVILLE.—Non, parce qu'il est garçon boucher à
Paris, et qu'il est encore trop jeune pour diriger une boucherie.
Pendant le reste de la journée, on ne parla que du pauvre Hurel et de sa famille; tout le monde était triste.
Le surlendemain, ces dames montèrent en voiture pour aller à Aube visiter la malheureuse veuve. Elles restèrent longtemps absentes; les enfants guettaient leur retour avec anxiété, et au bruit de la voiture, elles coururent sur le perron.
MARGUERITE.—Eh bien, chère maman, comment avez-vous trouvé les pauvres Hurel? Comment est Victorine?
MADAME DE ROSBOURG.—Pas bien, chères petites; la pauvre femme est dans un désespoir qui fait pitié et que je n'ai pu calmer; elle pleure jour et nuit et elle appelle son mari, qui est auprès du bon Dieu. Victorine est désolée, et Théophile n'est pas encore de retour; on lui a écrit de revenir.
MADELEINE.—Ont-ils de quoi vivre?
MADAME DE ROSBOURG.—Tout au plus; les gens qui doivent de l'argent à Hurel ne s'empressent pas de payer, et ceux auxquels il devait veulent être payés tout de suite, et menacent de faire vendre leur maison et leur petite terre.