ÉLISA.—Ta, ta, ta; restez tranquille, ne vous inquiétez de rien; ne parlez pas; si vous vous agitez, le mal de tête reviendra.

Camille sourit et remercia Élisa du regard; ses pauvres yeux étaient à moitié fermés; son visage était couvert de boutons. Quelques jours après les boutons séchèrent, et Camille put quitter son lit; il ne lui restait que de la faiblesse.

Pendant sa maladie, Madeleine, Marguerite et Sophie demandaient sans cesse de ses nouvelles; on leur défendit d'approcher de la chambre de Camille, mais elles pouvaient voir Élisa et lui parler; vingt fois par jour, quand elles entendaient sa voix dans la cuisine ou dans l'antichambre, elles accouraient pour s'informer de leur chère Camille; elles lui envoyaient des découpures, des dessins, de petits paniers en jonc, tout ce qu'elles pensaient pouvoir la distraire et l'amuser. Camille leur faisait dire mille tendresses; mais elle ne pouvait rien leur envoyer, car on lui défendait de travailler, de lire, de dessiner, de peur de fatiguer ses yeux.

Il y avait huit jours qu'elle était levée; ses croûtes commençaient à tomber, lorsqu'elle fut frappée un matin de la pâleur d'Élisa.

CAMILLE, _avec inquiétude.—_Tu es malade, Élisa; tu es pâle comme si tu allais mourir. Ah! comme ta main est chaude; tu as la fièvre.

ÉLISA.—J'ai un affreux mal de tête depuis hier: je n'ai pas dormi de la nuit; voilà pourquoi je suis pâle, mais ce ne sera rien.

CAMILLE.—Couche-toi, ma chère Élisa, je t'en prie; tu peux à peine te soutenir; vois, tu chancelles.

Élisa s'affaissa sur un fauteuil; Camille courut appeler sa maman, qui la suivit immédiatement. Voyant l'état dans lequel était la pauvre Élisa, elle lui fit bassiner son lit et la fit coucher malgré sa résistance. Le médecin fut encore appelé; il trouva beaucoup de fièvre, du délire, et déclara que c'était probablement la petite vérole qui commençait. Il ordonna divers remèdes qui n'amenèrent aucun soulagement; le lendemain il fit poser des sangsues aux chevilles de la malade, pour lui dégager la tête et faire sortir les boutons. Depuis qu'Élisa était dans son lit, Camille ne la quittait plus; elle lui donnait à boire, chauffait ses cataplasmes, lui mouillait la tête avec de l'eau fraîche. Il fallut toute son obéissance aux ordres de sa mère pour l'empêcher de passer la nuit auprès de sa chère Élisa.

«C'est en me soignant qu'elle est devenue malade, répétait-elle en pleurant: il est juste que je la soigne à mon tour.»

Élisa ne sentait pas la douceur de cette tendresse touchante: depuis la veille elle était sans connaissance; elle ne parlait pas, n'ouvrait même pas les yeux. On lui mit vingt sangsues aux pieds sans qu'elle eût l'air de les sentir; son sang coula abondamment et longtemps; enfin on l'arrêta, on lui enveloppa les pieds de coton. Le lendemain tout son corps se couvrit de plaques rouges: c'était la petite vérole qui sortait. En même temps elle éprouva un mieux sensible; ses yeux purent s'ouvrir et supporter la lumière; elle reconnut Camille qui la regardait avec anxiété, et lui sourit; Camille saisit sa main brûlante et la porta à ses lèvres.