MARGUERITE.—Et moi donc! Ah bah! je t'embrasse tout de même.

En disant ces mots, elle s'élançait vers Camille, qui sauta vivement en arrière.

«Imprudente! dit-elle. Si tu savais ce que c'est que la petite vérole, tu ne t'exposerais pas à la gagner.»

SOPHIE.—Raconte-nous si tu t'es bien ennuyée, si tu as beaucoup souffert, si tu as eu peur.

CAMILLE.—Oh oui! mais pas quand j'étais très malade. Je souffrais trop de la tête et du mal de coeur pour m'ennuyer; mais la pauvre Élisa a souffert bien plus et plus longtemps que moi.

MADELEINE.—Et comment est-elle aujourd'hui? Quand pourrons-nous la revoir?

CAMILLE.—Elle va bien; elle a mangé du poulet à déjeuner, elle se lève, elle croit que vous pourrez la voir par la fenêtre demain.

MADELEINE.—Quel bonheur! et quand pourrons-nous t'embrasser, ainsi que maman?

CAMILLE.—Maman, qui n'a pas eu comme moi la petite vérole, pourra vous embrasser tout à l'heure; elle est allée changer ses vêtements, qui sont imprégnés de l'air de la chambre d'Élisa.

Les enfants continuèrent à causer et à se raconter les événements de leur vie simple et uniforme. Bientôt arriva Mme de Fleurville avec Mme de Rosbourg; les enfants se précipitèrent vers elle et l'embrassèrent bien des fois, pendant que Mme de Rosbourg embrassait Camille. Depuis trois semaines Mme de Fleurville n'avait vu les enfants que de loin et à la fenêtre. Le matin même, le médecin avait déclaré qu'il n'y avait plus aucun danger de gagner la petite vérole ni par elle ni par Camille; mais Élisa devait encore rester éloignée jusqu'à ce que ses croûtes fussent tombées.