SOPHIE.—Vous dansiez pourtant joliment le jour du bal.
ÉLISA.—Oh! cela c'est autre chose: c'est pour entretenir les jambes. Mais sans plaisanterie, mes chères enfants, ne me forcez pas à être de la partie de demain, j'en serais contrariée.
Une bonne est une bonne, et n'est pas une dame qui vit de ses rentes; j'ai mon ouvrage et je dois le faire.
L'air sérieux d'Élisa mit un terme à l'insistance des enfants; elles l'embrassèrent et la quittèrent pour aller raconter à leurs mamans le refus d'Élisa.
«Élisa, dit Mme de Fleurville, fait preuve de tact, de jugement et de coeur, chères petites, en refusant de nous accompagner demain; c'est la délicatesse qu'elle met dans toutes ses actions qui la rend si supérieure aux autres bonnes que vous connaissez. C'est vrai qu'elle a beaucoup d'ouvrage; et, si elle perdait à s'amuser le peu de temps qui lui reste après avoir fait son service près de vous, sous seriez les premières à en souffrir.»
Les enfants n'insistèrent plus et reportèrent leurs pensées sur la journée du lendemain.
«Dieu! que la matinée est longue! dit Sophie après deux heures de bâillements et de plaintes.
—Nous allons dîner dans une demi-heure», répondit Madeleine.
SOPHIE.—Et toute la soirée encore à passer! Quand donc arrivera demain?
MARGUERITE, _avec ironie.—_Quand aujourd'hui sera fini.