—Faites excuse, mam'selle; mam'selle Camille a dit à mon garçon que ce serait le sien pour revenir. Mais n'ayez pas peur, mam'selle, le bourri noir n'est pas méchant; c'est un air qu'il a; faut pas le craindre: il vous mènera bon train, allez.»

Sophie ne répliqua pas: dans son coeur elle se comparait à Camille; elle reconnaissait son infériorité; elle demandait au bon Dieu de la rendre bonne comme ses amies, et ses réflexions devaient lui profiter pour l'avenir. Camille voulut lui donner son âne, mais Sophie ne voulut pas y consentir et sauta sur l'âne noir. Tous partirent au trot, puis au galop; le retour fut plus gai encore que le départ, car Sophie ne resta pas en arrière. On rentra pour l'heure du dîner; les enfants, enchantées de leur journée, remercièrent mille fois leurs mamans du plaisir qu'elles leur avaient procuré.

Mme de Fleurville ouvrit une lettre qu'on venait de lui remettre.

«Mes enfants, dit-elle, je vous annonce une heureuse nouvelle: votre oncle et votre tante de Ruges et votre oncle et votre tante de Traypi m'écrivent qu'ils viennent passer les vacances chez nous avec vos cousins Léon, Jean et Jacques; ils seront ici après-demain.

—Quel bonheur! s'écrièrent toutes les enfants; quelles bonnes vacances nous allons passer!»

Les vacances et les cousins arrivèrent peu de jours après. Le bonheur des enfants dura deux mois, pendant lesquels il se passa tant d'événements intéressants que ce même volume ne pourrait en contenir le récit. Mais j'espère bien pouvoir vous les raconter un jour[1].

[1] Voir les Vacances du même auteur.

End of Project Gutenberg's Les petites filles modèles, by Comtesse de Ségur