Mme Fichini remonta en voiture avec Sophie, qu'on entendit crier quelques instants après; on supposa que sa belle-mère la battait; on ne se trompait pas; car, à peine en voiture, Mme Fichini s'était mise à gronder Sophie, et, pour terminer sa morale, elle lui avait tiré fortement les cheveux.
À peine furent-elles parties, que Madeleine et Marguerite racontèrent à Mme de Fleurville comment et pourquoi Camille s'était emportée contre Sophie.
«Cette explication diminue beaucoup sa faute, mes enfants, mais elle a été coupable de s'être laissée aller à une pareille colère. Je lui permets de sortir de sa chambre, pourtant elle n'aura ni dessert ni plat sucré.»
Madeleine et Marguerite coururent chercher Camille et lui dirent que sa punition se bornait à ne pas manger de dessert ni de plat sucré. Camille soupira et resta bien triste.
C'est qu'il faut avouer que la bonne, la charmante Camille avait un défaut: elle était un peu gourmande; elle aimait les bonnes choses, et surtout les fruits. Elle savait que justement ce jour-là on devait servir d'excellentes pêches et du raisin que son oncle avait envoyés de Paris. Quelle privation de ne pas goûter à cet excellent dessert dont elle s'était fait une fête! Elle continuait donc d'avoir les yeux pleins de larmes.
«Ma pauvre Camille, lui dit Madeleine, tu es donc bien triste de ne pas avoir de dessert?»
CAMILLE, _pleurant.—_Cela me fait de la peine de voir tout le monde manger le beau raisin et les belles pêches que mon oncle a envoyés, et de ne pas même y goûter.
MADELEINE.—Eh bien, ma chère Camille, je n'en mangerai pas non plus, ni de plat sucré: cela te consolera un peu.
CAMILLE.—Non, ma chère Madeleine, je ne veux pas que tu te prives pour moi; tu en mangeras, je t'en prie.
MADELEINE.—Non, non, Camille, j'y suis décidée. Je n'aurais aucun plaisir à manger de bonnes choses dont tu serais privée.