Camille se jeta dans les bras de Madeleine; elles s'embrassèrent vingt fois avec la plus vive tendresse. Madeleine demanda à Camille de ne parler à personne de sa résolution.
«Si maman le savait, dit-elle, ou bien elle me forcerait d'en manger, ou bien j'aurais l'air de vouloir la forcer à te pardonner.»
Camille lui promit de n'en pas parler pendant le dîner; mais elle résolut de raconter ensuite la généreuse privation que s'était imposée sa bonne petite soeur: car Madeleine avait d'autant plus de mérite qu'elle était, comme Camille, un peu gourmande.
L'heure du dîner vint; les enfants étaient tristes tous les trois. Le plat sucré se trouva être des croquettes de riz que Madeleine aimait extrêmement.
MADAME DE FLEURVILLE.—Madeleine, donne-moi ton assiette, que je te serve des croquettes.
MADELEINE.—Merci, maman, je n'en mangerai pas.
MADAME DE FLEURVILLE.—Comment! tu n'en mangeras pas, toi qui les aimes tant!
MADELEINE.—Je n'ai plus faim, maman.
MADAME DE FLEURVILLE.—Tu m'as demandé tout à l'heure des pommes de terre, et je t'en ai refusé parce que je pensais aux croquettes de riz, que tu aimes mieux que tout autre plat sucré.
MADELEINE, _embarrassée et rougissante.—_J'avais encore un peu faim, maman, mais je n'ai plus faim du tout.